Actualité

LE PEINTRE ET SON MODÈLE 2

Illustration de Franta

Mon titre « Le Peintre et son Modèle 2 » (Roman, « 5 sens éditions, 2016 ») finaliste du quatrième Prix Littéraire International Indépendant 2016, est disponible à l’Espace l’autre LIVRE 13, rue de l’École Polytechnique, 75005 Paris.

Deux pièces jumelles ajoutées

(Voir dans la section THÉÂTRE)

RECTO-VERSO — ANNÉE ZÉRO AINSI SOIT-IL

Ces deux courts spectacles jumeaux trouvent leurs racines dans les années 1970. Ils s’inspirent de deux de mes thèmes prédominants d’alors : la « VICTIME », du Pasteur Martin Luther King à Lumumba, Jésus-Christ (je suis agnostique) étant érigé en figure  iconique, et l’onde de choc créée par la dictature des colonels grecs, disqualifiant un pays-phare de notre civilisation.

Sortant de ma période « Fabbri », j’étais alors engagé, s’agissant du volet littéraire de ma vie, dans un théâtre expérimental, caractérisé par des rapports originaux, voire paradoxaux, opposites, entre le verbe et le jeu scénique, pratiques passées en revue dans « Variations sur l’Adultère », ( Voir ici-même « Variations sur l’Adultère et autres solfatares »). Ce dernier spectacle   alignant des sketches, des flashes, opposant un texte conventionnel et une gestuelle décalée et vice-versa, accrocha plusieurs metteurs en scène et directeurs de salle sans qu’aucun se décidât à franchir le pas.

À propos de cette démarche, on pourrait également mettre en avant l’ambition d’approcher une chorégraphie où le texte tiendrait le rôle de la musique (d’où l’irrationalité assumée), avec des interactions de tirades et de stichomythies. Le théâtre est alors censé se hisser jusqu’en canopée !

EZISTEZISTEPA, réédition

Ce roman, burlesque de chez  Jubilatoire, joyeusement iconoclaste, sans même ménager cette langue maternelle pourtant adorée, est un de mes enfants chéris. Dans la perspective d’une très prochaine réédition (chez « 5 sens éditions ») et par la grâce de ma talentueuse amie Muriel Fournier, le voici précédé par cette plaisante couverture.

Pour le ravalement qui s’imposait, je  n’ai pas hésité à emprunter de méchants outils, dont, vu mon âge, je ne me sers plus que rarement : la pioche, la houe, le marteau-piqueur, je ne sais quels autres. Sous anesthésie virtuelle partagée, je rassure. J’y ai transpiré mais, outre l’amélioration escomptée du récit, le chantier a joué son rôle de m’aider à traverser une très lourde épreuve. Merci donc, Inès, Aglaë, « L’homme au vaste front et au petit tout le reste », le Père J. E. Grossez SJ, le baron Julius Orlan de Moisy et sa compagne Maïté Aucoulis de Passûre du Tout, « Le héros de roman à la braguette ouverte », Olga, la crisseuse taciturne, et la joyeuse foule disséminée et généralement ébahie des réquisitionnés du matin matutinal. Sans rancune, mes cuirassiers de la virgule ? À charge de revanche ?


En quatrième de couverture, ce qu’en a dit un maître reconnu de l’Imaginaire.

En ce qui concerne EZISTEZISTEPA, qui me paraît résumer l’essence de « l’inexistentialisme », bravo ! Vous y faites éclater les structures de la pensée, dans l’esprit et dans la lettre. À vous suivre aux quatre vents de l’absurde et de l’anarchie littéraire, je me suis bien amusé comme vous avez dû vous-même le faire à l’écrire, et je gage que Raymond Queneau et, pourquoi pas, Bobby Lapointe y auraient trouvé leur bonheur. »

René Reouven Alias René Sussan
Grand prix de littérature policière
Grand prix de la Science-Fiction française
Grand prix de l’imaginaire
etc.


Résonance mondiale. Je ne sais pour quel motif, dès sa première et courte vie, EZISTEZISTEPA a tapé dans l’œil de la grande distribution chinoise, qui m’a fait une promo du diable…


Désemparés, leurs rivaux germaniques se sont bornés à faire grimper la cote….

EXTRAITS

Sans chercher si loin, j’ai connu des collègues héros de roman, dont la description avait été bâclée par leurs auteurs…

Tenez, j’ai présent à l’esprit l’exemple d’un de ces malheureux, vraiment un gars irréprochable du haut en bas, ne déparant pas son con[de]texte, un de ces romans édifiants avec suite et re-suite, dont un éditeur de littérature pour stations-service avait, y a quelques années, essayé, sans autre conviction qu’un tour de passe-passe fiscal, de relancer le genre…

Son nom (de mon personnage, l’éditeur, lui, ayant plongé dans un anonymat des plus minimalistes du même point de vue fiscal, après avoir racheté Gallimard, Grasset et Berger-Levrault) vous dirait rien, because, à la suite de ce que je vais vous nariner, il a fini par se saborder sous le regard indifférent de son maffioso de commanditaire, défiscalisé sinon tout à fait blanchi, et néanmoins promis à de nombreux Goncourt, plus en tout cas que s’ils sortaient de sa propre plume !

Eh bien, ce brave garçon, qu’aurait pas fait de mal à une mouche équipée de la moindre paire d’ailes pour l’effrayer avec ses terribles bzzzz-bzzzz, et à qui, jusque dans sa vie privée, on ne connaissait pas d’ennemis, un jour le hasard lui fait croiser une de ses lectrices éphémères et néanmoins ferventes… Même passagères, elles n’étaient pas légion, d’où l’attention en retour, avec, incontinent, battements de sourcils en direct live, et, comme on le verra re-incontinent (permettez : coup de cœur) baisemain aux environs immédiats… de la cinquantaine – là, finement, j’introduis le chaperon qui suit de peu.

La Juliette, en premier : une adolescente pas rien bécasse, orpheline de parents disparus d’abord puis déclarés décidément décédés à l’étranger dans un accident d’automobile pas guère clair (enquête bâclée, parce que, ce jour-là, paraît-il ultérieurement, y avait une grosse pluie qui mouillait, et, que, d’ailleurs, dans les pays étrangers – Dieu sait qu’en ces temps de xénophobie galopante, un jour, ils le seront tous –, à l’exception des hôteliers, restaurateurs et commerçants qu’ont de la politesse et une belle âme, on reste toujours soi-même des étrangers, surtout quand c’est pour s’y accidenter sans profits pour personne [qu’ils tronchonnent, les autochtones, tout en se goinfrant la roue de secours à pneu neuf], au lieu de rester gentillement [les étrangers] dans leur rôle : discrets, admiratifs devant les monuments préparés à leur encontre, et, surtout, parce que ça, vraiment, c’est trop laid, pas chiens du gousset !) … élevée – j’en reviens à l’orpheline – par une tante coincée, tant côté poivre et sel de la terre que piment de l’existence, laquelle, chaque dimanche entre messe et complies, les véhiculait, duottement faute de mieux, avec sandwichs sous papier d’alu et vent dominant contraire, dans une vieille 4 L cabossée, ce qui laissait du loisir pour la lecture à la passagère vierge et, en l’occurrence, du fait de l’impéritie de la suspension, un peu plus martyre encore qu’en règle générale !

D’abord, le collègue, pas en position d’être blasé côté press-book, est flatté de l’image de lui-même que lui renvoie la jouvencelle, échauffée par les cahots secouaillant sa puberté à peine nubile et, à l’abri du bouquin bien-pensant, préalablement lubrifiée par l’index, rongé icelui d’envies diffuses, mais déjà bien précises, quant à la topographie du site maintes fois visité, qui ne tournait pas les pages (l’index mouillé coquin vilain) …

Cependant, quelques instants plus tard, à l’occasion d’un nid-de-poule insidieux, franchi à bien trente à l’heure par la tante, que, sur un registre différent de sa nièce, va surexciter l’intervention providentielle de ce stoppeur, relançant la goûteuse tradition du baisemain, lequel, statistiquement, une comme elle était prédestinée à n’avoir dans sa vie à tout casser qu’une occasion ou deux de déguster, et qui, rien que de ce fait, aurait possiblement (le galant damoiseau tombé du ciel) une tête, non pas de veau, ni même de linotte, mais de gendre pour sa nièce boutonneuse et bottineuse (mirage, aussitôt mis sous cadre ovale, du baisemain dominical, précédant de trois secondes et demie – le temps du rengorgement intime – l’offrande, tout aussi dominicale, de la tarte aux abricots meringués)… voilà que son regard (de notre personnage de roman en rupture de bande-annonce, où c’était le portraict de l’auteur qui occupait le terrain), du même mouvement que le plafonnier (effet nid-de-poule), dégringole sur ses genoux ! Et, là, de quoi il s’aperçoit, le copain ?

Malheur et damnation, qu’il haddocke et hoquète en son fort (sic) intérieur, sa braguette est grande ouverte, qu’on se croirait transporté face au péage, à fort P.H., de Montélimar, un vendredi 13 juillet ordinaire !

Mentionnons-le d’emblée : dans la suite de l’intrigue, brève car le roman n’y survivra pas, il aura beau faire, notre roméo typé, jamais cette foutue braguette ne consentira à tenir fermée. Certes, avec l’aide de l’éditeur qui, friand de décorations régionales et briguant pour le brigand qu’il est et sa dondon plusieurs grands cordons dont d’Aisne, ne pouvait moins faire, chacun affectera de l’ignorer, pourtant le fait hyperstressant n’en sera pas moins là, bel et bien !

Et, mes turlupins flamboyants, vous y êtes peut-être, là, vous-mêmes, les bras croisés sur votre gilet de brebis, en train de feindre de croire que c’est tout le hic ? Que nenni : au contraire, c’est là que le bât va se mettre à blesser pour de bon, en frappant tout partout autour de lui !

Parce que, de cette braguette béante, imaginez-vous que, bonjour la bavure, pendouille une monstrueuse breloque, qui, exception concédée de la localisation,  ne ressemble en rien à un zizi d’honnête citoyen, et encore moins à celui d’un futur gendre de tante de nièce orpheline, ignorante mais redoutablement imaginative grâce à la primauté de l’instinct primaire, lequel nous a déjà dispensé, entre les couplets de Janeton et le « Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation » de Pierre Louÿs,  pas mal de nos miracles à nous néo-païens – chacun a ceux qu’il mérite, et, de vous à moi, si mon collègue avait été moins « tirelaroulette », une vraie vierge nubile, ça valait-i pas les lucratifs désagréments d’un classement X ?

Comme lui-même, horrifié, avant nous, le fîmes, inclinons-nous (au figuré, mes rhododendrons étiques, pas d’excès de zèle à haut risque) devant cette évidence, qui, plus que jamais, pendibule !

Ce qui exorbite nos yeux, ayant pourtant vécu, c’est rien de moins qu’une espèce de confiserie bavaroise, d’un baroquisme extravagant quant à la forme tortueuse et aux couleurs, du genre faisant fuir même les mouches des dictionnaires médicaux illustrés, hirsute cauchemar de pâtisserie dans la composition de laquelle n’entrent que des matières désastreusement frivoles, en plus salées, poivrées, pimentées, arsouillées, où se sent aussi peu la sainte main pétrisseuse et conceptuelle du Seigneur que rahat-loukoummarshmallow, et j’en passe par égard pour les lecteurs que les frustrations d’un régime draconien pourraient, ce lisant, pousser aux égarements du passage à l’acte. Le tout rendu plus fondant encore par la température estivale, ce qui, pour qui pourrait être atteint d’une gourmandise assez crapuleusement perverse (à ce degré, on n’ose imaginer qu’une nostalgique du défunt couvent des Oiseaux, ressortie en trombe de la chambre froide du Musée du Vice) … lui ajoute l’attrait  supplé­mentaire d’une touche moirée de louche incontinence, la vraie, terreur des blanchisseuses. De la sortie de route, jamais le malheureux ne se remettra !

Suivant, mes esthètes de banlieue, votre bonne habitude de toujours chercher à relativiser le ragoût, vous tendrez à réduire l’affaire à un cas isolé et non significatif, au motif, observerez-vous, non sans une bonne part de tiperie, qu’il n’est pas d’usage courant qu’un auteur se fasse obligation de décrire le zizi de ses héros, ni même se donne la peine de préciser si leurs braguettes sont zizippées avec la constance exigée par les bonnes mœurs. Sur un terrain aussi sensible, nous prétendons que l’exemple prête à réfléchir ! Vous n’aurez pas été sans remarquer que, dans notre fiche signalétique, nous avons consacré au nôtre, de lunatique affront à la censure, un développement donnant une idée approchante du sien propre, avec, pour l’agrément de bouche et le vertige de l’esprit, la référence explicite à la mythique, fascinante et toujours wanted Zaza, suivant l’adage : « Un homme averti en garde dans sa culotte autant qu’un ou deux seulement invertis ! ».

***

Dans ma rue, se signalait un vieux monsieur, charmant et pas bien grand, comme dans les charmants, et tout aussi menus, romans bien de chez nous, et, toujours à leur image, tenant boutique d’antiquités, avec qui, à l’occasion, j’échangeais des propos badins. Une inspiration me fit pousser sa porte.

Je lui serrai la main, pris des nouvelles de sa santé, de celle du gros matou familier dont j’avais d’entrée repéré l’absence de son coussin habituel ; me félicitai d’apprendre que l’un et l’autre se portaient à merveille, le chat arpentant le quartier en tournée de visites du troisième âge ; sans trop entrer dans le détail, je satisfis la curiosité réciproque de mon hôte à l’égard de mon propre bilan physique, puis de mes affaires, enfin de mes géraniums. Par acquit de politesse, je feignis de m’intéresser à une série de mesures d’étain, menacées de mévente par d’autres mesures, fiscales celles-là ; fis mine d’être touché de l’entendre m’assurer que, si je prenais le lot, il me ferait un prix d’ami ; promis d’y réfléchir dès que j’aurais perçu l’une ou l’autre de mes allocations-système D ; j’énonçai détenir de mon côté quelque chose à lui faire voir ; déballai mon Trouillebert saisi par la débauche (je ne sais ce qu’il en était du peintre, mais, quant à ses personnages, les trublions ne semblaient pas guettés par le post coïtum) ; le plaçai à bonne hauteur sur une commode, et, comme vous l’allez voir – et, par l’imagination, entendre auditivement confirmer –, m’enquis de ce qu’il en pensait.

— Allons, mon cher, m’enquis-je auditivement moi-même, qu’en pensez-vous ?

Il était perplexe, mais non sans un certain nombre de connotations positives, héritées des meilleurs romans psychologiques français.

— Étrange, j’ai déjà vu quelque chose qui y ressemblait fort !

— Ne songeriez-vous pas à la « Servante de Harem », du regretté Paul-­Dé­­siré Trouillebert ?

— Oui, maintenant que vous le dites ! Mais, là, nous sommes sur un je ne sais quoi, différent du souvenir que j’en ai, qui n’est pas sans me déconcerter le tantinet !

— Je donnerais ma main à croquer qu’il s’agit de la présence, parfaitement déplacée assurément, de ce grand pendeur d’andouilles et pourfendeur d’oies semi-blanches, quant à lui de la plus belle ébène, d’après le peu qu’on ne saurait manquer d’en apercevoir ?

— En effet, en effet : l’homme de couleur, voilà l’intrus ! Sans compter… n’allez pas le prendre en mauvaise part… !

— Ce qui turlupine votre langue châtiée, nous lui en épargnerons l’écorniflure. Dans le cas d’espèce, effectivement, tout donne à diagnostiquer une intromission hypodorsale, vraisemblablement au stade anal, comme se fût soliloqué Sigmund Freud en passant ses caleçons sous le robinet.

— Tout à fait, mon cher ! Vous avez mis le doigt sur le tout autre chose que ce jeune ancêtre et précurseur à son insu de générations de tirailleurs et autres employés de voirie, qui, s’alignant sur les évolutions socio-politiques, sauront se montrer dignes, successivement de la médaille militaire puis – « Sublata causa, tollitur effectus » – de celle des bons et loyaux services, dans le sillage, heureusement plus pacifique, de la balayeuse municipale… le tout autre chose, donc, si vous me suivez, que ce jeune ancêtre-etc. n’hésite pas à fourrer là où, de son côté respectivement inhabituel, l’impétrante n’a pas hésité  à lui faire une petite place, ce qui ne rajeunira personne de sensé ! Mais ce genre de tableau de genre n’est pas précisément celui du susnommé Trouillebéromètre, qui n’a pas fait carrière dans le stupre invétéré ! D’où tenez-vous cette curieuse rareté ?

— Petit secret, mon cher, sans vous offenser ! En tout état de cause, vous intéresse-t-elle, ma curiosité rare ?

— Un détail, qui, comme souvent, à l’inverse des choses importantes, n’en est pas dénué  – d’importance : combien en attendriez-vous ?

— Pas un penny ! Je vous l’offre, à vous et à Flaubert (ainsi, comme dans la quasi-totalité des romans psychologiques français, avait-il baptisé son chat) !

— Me l’offrir ? Ai-je bien ouï ?

— Oui, bien vous ouïtes ! Après tout, il ne s’agit que d’une copie.

— Certes, mais spéciale !

— Ce qui est également mon sentiment !

— Plus j’y songe, plus « spéciale » est le mot juste !

— C’est si vrai qu’en saine et unanime objectivité, je nous dispenserai solidairement de chercher mieux !

Etc., etc. Ainsi, chacun parti dans son rêve éveillé, nous attardions-nous en vains commentaires. Nos regards sibyllins se fuyaient. Avec une crânerie que n’eût pas désavouée un leader du mouvement indépendantiste chauve briguant une subvention auprès de la Communauté réduite aux aguets, je raffermis le mien, de regard, et, du même mouvement, ma voix, dont je m’apprêtai à faire un usage calculé pour une parfaite symbiose avec le destinataire, conformément à l’éthique (Quel bas crétin à l’haleine empuantie souffle dans mon cou : « l’éthylique » ?) professionnelle qui me quitte rarement…

— Cependant, en-effétais-je, j’y mets une condition sans couenne de nonne – je ne vous ferai pas l’injure de reconvertir en latin juridique ? (Il s’inclina, un peu sèchement.) Cette condition est que, ce tableau, vous ne vous en séparassiez point, dans les limites énumérées ci-après…

« Mon vœu dûment formalisé et, autant s’y fier, authentifié est que, sauf cas de force majeure, tels que catastrophe naturelle, séisme, inondation, mutinerie aux Baumettes, terrorisme astrologique, météorisme pas que météorologique, élections anticipées, modi­fication conséquente des assiettes de cotisation apte à influer sur les quotas, disparition subite de l’une ou l’autre des parties (de concert nous nous signâmes) sans héritiers autres qu’illégitimes, condamnation en correctionnelle, gain cinq zéros au jeu du Millionnaire, il ne quitte pas votre vitrine, où je pourrai ainsi le contempler et re(contempler), en passant, et re(passant), ce durant un délai, à compter de la délivrance en mains propres. Montrez ! (Il le fit, moi aussi, même si, en stricte légalité, rien ne m’y obligeait !) … délivrance, en mains à peu près propres, de la présente… un délai de, disons six mois, consacré au sevrage…

Allons, tout vient d’être dit : écourtons ! Il me congratula, comme il se devait, avec une effusion de rhamus frangula(vulgairement : bourdaine), que j’absorbai en quelques borborygmes, dont la transcription n’ajouterait rien à la clarté de l’exposé. Puis il insista pour que je le mette à l’aise en choisissant quelque objet en guise de remerciement. J’optai pour un petit Braillères, peintre inexistant s’il en est, ce qui me convenait à merveille…

« GAÏA, prénom TERRE », perçue par Caroline Megglé.

Il y a trois ans la comédienne auteure conteuse, Caroline Megglé, me faisait la faveur de donner à Vence, sous l’égide de l’association « Podio », une lecture de mon monologue théâtral féminin « mytho-écologique » : « Gaïa prénom Terre « . Ce fut l’occasion d’une correspondance préalable, visant le meilleur consensus sur une version condensée. Dans cet échange, figure un texte de Caroline Megglé, aussitôt versé dans le chaudron du chantier. Le retrouvant par hasard, complété d’une révision liée à la version définitive du spectacle, je redécouvre sa pertinence et ce qu’il traduit de la rectitude d’une interprète soucieuse de ne pas s’éloigner d’elle-même en portant le verbe d’un autre – d’ailleurs je ne fus pas sans tenir compte de maintes de ses observations. En quelque sorte cela constitue un éclairage, depuis l’intérieur, de mon texte. Et une exemple d’équitable et féconde collaboration.
En voici de larges extraits.

I

« Comme comédienne, c’est un challenge qui pourrait être très enrichissant vu l’ampleur des personnages auxquels est confrontée Gaïa. Personnages mythologiques qui peuplent notre imaginaire, confrontés à la réalité de ce XXIème siècle… Tout un programme ! 

            « Pour l’ensemble des populations (ou presque) Gaïa est la mère nourricière. Sans Elle, nous n’existerions pas. Malheureusement la réalité de notre époque est tout autre, face au nombreux lobbies, ou aux hommes et aux femmes portés uniquement par des intérêts mercantiles faisant du profit leur principale source de vie ! Et ils tendraient en plus à vouloir nous faire croire que, sans eux, la Planète mourrait de faim ! Alors qu’elle étouffe sous l’amoncellement des ordures… Un des propos de votre texte.  

            « Votre texte propose une version intéressante du dilemme dans lequel se retrouve Gaïa après tant de millénaires de vie et d’impuissance… : comment nourrir l’humain tout en évitant de se laisser engloutir par les immondices ! « Un cancer » ! le pire moment de sa vie (je le crois) et vous le dites… Et si je vous lis bien, les sentiments qui traversent Gaïa, tour à tour désabusée, furieuse, grossière, enjouée, mère aimante, femme révoltée, méprisante, « putasse » depuis sa création – le Chaos – passent de l’amour à la révolte, de la joie à une profonde tristesse, de l’observation à l’action… Mais pour finir seule…

            « Oui, une comédienne aimerait être confrontée à son tour au personnage de Gaïa ; et aux différentes personnifications que vous nous en proposez. 

« Votre texte n’est pas sans me rappeler un auteur comme CAMI ou un autre créateur comme COPI. Deux auteurs que j’ai interprétés à différentes époques de ma vie. Alors c’est avec plaisir que je vous fais part et de mes retenues et de mes « emballements ».

NB Ces références ont de quoi me ravir. (G.R.)

…………………………………………

             « J’ai beaucoup apprécié l’arrivée de vos nombreux personnages. Ils ponctuent le texte et rythment la lecture ; particulièrement les passages évoquant Déméter et Perséphone que je trouve très touchants, ils me parlent vraiment. 

             « J’aime la balance opérée par Gaïa dans ses références aux Dieux et aux Humains.

             «J’aime les images que je me suis créées pour « La mal Bouffe ».

             « J’aime quand Gaïa parle d’elle à la troisième personne.

             « J’aime sa vision des Nouveaux Dieux ; même s’il nous est à peine donné le temps « d’imprimer » dans nos têtes, les images proposées – dommage.

            J’aime percevoir Gaïa comme un personnage vulnérable et fort à la fois ; et savoir (en fin de lecture) que Gaïa souffre ; qu’elle peut être désabusée, neutre, froide, »humaine »… 

             « J’aime entendre que l’espoir existe pour le bien de tous et la savoir « coquine » quand Elle fait appel à Vénus/Aphrodite, tout en encourageant le Public à soigner la Terre… 

« L’eau c’est la vie, l’eau c’est le sang de la Terre » dit un proverbe Touareg… 

             « La chute du spectacle me plaît bien aussi, avec le retour aux magazines…

             « Le Sang, l’eau… le civet basse calorie… »

II

  « J’ai terminé la seconde lecture de Gaïa avec un grand intérêt et aussi avec beaucoup plus de facilité. Votre écriture est très dense, il n’en demeure pas moins que j’ai eu beaucoup de plaisir à m’imaginer vivre ce texte. Mes questions sont peu nombreuses et je vous livre ici « ma seconde impression » J’ai eu l’illusion de découvrir des passages inconnus… Ce fut agréable.

  « Dans le premier Acte Gaïa me semble plus forte ; j’apprécie dans cette version, cela m’avait sans doute échappé, une Gaïa mêlant la création onirique du monde antique avec le monde contemporain, avec plus de légèreté.  Sa vision de « Ses Descendances Humaines ou Divines » est équitablement critique. Elle fait preuve de beaucoup d’humour, parfois noir, et c’est bien ! C’est une enflammée, respectueuse de l’autre jusqu’à la fin ! 

  « J’aime beaucoup les passages « du sang » suivi par « la pluie… » ainsi que « le travail des vers de terre… » ; le « sang » froid, celui des hommes et des bêtes… L’arrivée de Déméter me ravit toujours, ainsi que les colères de Gaïa contre les pollutions diverses…. cancer/lèpre, déchets nucléaires… 

  « La « nouvelle » relation de Gaïa au public est plus empathique, sans mièvrerie ; elle est franche, intransigeante…

…………………………………………

  Gaïa revient en scène ; « la terre a tremblé… », Elle seule s’en est aperçu… Elle s’excuse de ses emportements précédents – quels effluves lui font « perdre la tête » – … ; les odeurs n’existent plus… sauf les mauvaises… Puanteur, quelle transmission de l’Homme au Monde, à Gaïa… 

…………………………………………

  « L’enlèvement de Perséphone est plein d’humour et le dialogue entre les Éboueurs et Gaïa est d’une tendresse certaine. Sa colère affleure toujours et le retour à « Sa réalité » l’attriste, quelques instants. Elle paraît presque désabusée. Pas pour longtemps ! Et de rentrer dans la peau de Déméter ! 

  « Quand Elle prend le public comme interlocuteur et remonte le temps… (du contemporain à l’antiquité, ou vice-versa), Elle redevient vindicative envers l’humain (public) et envers Dieu. Elle ne peut y échapper ! Oh, combien je l’approuve ! Sa colère affleure toujours, Elle  redevient Gaïa, mère et mère nature. Elle explique » La montée de la sève » (Déméter/Perséphone Le Sang/la Sève) Le Sp… (sperme ?) lié à Aphrodite, une autre de ses enfants ! Elle fait preuve d’humour noir (avec une certaine jouissance mêlée de dégoût ?). Hara-kiri. Drame. C’est dur mais c’est vrai ! 

  « Gaïa mère. Gaïa grand-mère. Gaïa mère nature, retourne vers l’eau, vers son détournement, son empoisonnement. Elle se confronte avec l’homme (l’humain en général et le public…) – Moment très fort où elle s’emporte encore !  Elle se reprend, « être vindicative ne sert à rien »… 

  « Ce texte est fort. J’espère qu’un projet de lecture public verra le jour. Peut-être une réalisation scénique. Cela demandera un travail intense de création. Je serai heureuse de faire partie de ce projet si vous l’envisagez. 

Caroline Megglé