BELLEBÊTISE

Z4 éditions, 2015
Couverture de Marysia Milewski


Petite histoire

Première édition, en 1991, chez « La Vague à l’âme », éditeur de poésie, bardé de subventions sécurisantes à souhait. Je me frottais les mains. Théo Tobiasse m’avait fait l’amitié d’une illustration de couverture, l’éditeur « l’oublia » sur le marbre. Il aggrava son cas en tombant en faillite au moment de la diffusion ! Je pus récupérer un lot d’exemplaires, maigre consolation – et bel encombrement.
L’opus, réécrit, sera intégré dans ce que je baptiserai la « Trilogie vençoise », du fait qu’outre moi-même, tous les participants : préfacier, illustrateurs appartenaient à la cité.
Je le classe en rubrique « poésie », en considération du thème et de la tonalité. Je tentai d’ailleurs une version versifiée, abandonnée au profit de la « prosaïque ».


Extraits

Tombant dans le fauteuil, elle soupirait : « Verse-moi un drink, veux-tu ? » Il la servait. Nerveux, surveillant les casseroles. La cuisine n’était pas son fort et il ratait tout.
La cuisine n’était pas son fort et il ratait tout.

La Belle était maussade, la Bête déçue. Il aurait eu tant besoin qu’elle sourît.
Il fit tant qu’elle pleura.

Elle avait un air si terriblement sérieux, quand, avec des gestes joliment maladroits, elle jouait au tennis.
Elle avait un air si terriblement sérieux, lunettes sur le nez, captée par la comédie à la télé.
Elle avait un air si terriblement sérieux, quand, lunettes remisées, terriblement nue, on la caressait au ventre.

Il força la porte. Effarouchée, la Belle, sur le siège, leva les yeux. Se penchant il la toucha à vif, d’abord réticente, en ce milieu d’elle.
Alors si nue !

Elle escaladait le portail, le réveillait en frappant à la fenêtre. Elle escaladait le portail, le réveillait en frappant à la fenêtre. Elle escaladait le portail, le réveillait en frappant… Elle escaladait le portail, le réveillait… Elle escaladait le portail… Elle escaladait le portail, le réveillait en frappant à la fenêtre.

Elle finit par avouer : « Une partie de moi t’appartient encore. » Et si, d’un jour à l’autre, ce n’était pas la même ? Qu’il pût choisir : tantôt les seins, tantôt le cœur, tantôt la source du rire, tantôt le ventre ?…

Elle finit par avouer : « Un coin de mon jardin t’appartient pour toujours. » Concession à perpétuité ?