Embrouille au bain turc

Embrouille au Bain Turc, roman, papier et PDF, les Éditions du Net, 2015


Ayant, à titre d’expérimentation technique, présenté le ficher de ce roman burlesque à la Journée du manuscrit 2014, je me vis offrir un tirage papier.

RÉSUMÉ

Une des figurantes du Bain Turc fait des siennes, tant au Louvre que lors des incarnations reproduisant le célèbre tableau au « Regard Mis à Nu ». Bon, mais qu’est-ce, le « Regard Mis à Nu » ? Un établissement mi-plaisir mi-recherche fondamentale créé par Lyane de Blancseing, pulpeuse sexologue. Alerté par son ancien condisciple  de l’École pour Autocrates Nantis (ÉNA) Constantin des Saussaies, patron du DID (Défense et Illustration des Distraits, en réalité Département des « Dossiers d’Intérêt Douteux »), Cyrille Fontdeverge, justicier somatiquement intuitif entre en lice… Sévissent également les atypiques A.T. (Anti-Terrestres), tels Antélope Nejknoï et Aïkido… Ah, n’allons pas oublier Wanda Matâri, secrétaire mûrissante de Constantin, ni surtout (c’eût été l’impasse !) A. Cedik, chômeur et suspect d’office !


Extraits :

Justement, voici que C.F. est heurté par un homme, râblé, de taille moyenne, vêtu d’une veste de chasse aux poches énormes et fumant la pipe (L’homme, évidemment, pas la veste.)…
– Constantin des Saussaies, s’exclame-t-il. Toi ici ? Quelle surprise !
D’un air hésitant, l’autre l’inspecte :
– Cyrille, bon sang ! Ton vieux et toujours jeune camarade de l’avant-dernier banc à droite, à l’ENA , juste devant ce garçon-fille , qui, que…
– Mais oui : bien sûr, Cyrille ! Cyrille Fontdeverge, en personne et en os ! Où ai-je la tête ? Et, puisque, par un heureux détour, la conversation vient sur le sujet, j’en suis à me demander si, justement, je ne hantais pas ce coin perdu dans l’espoir, hélas cruellement déçu, de t’y rencontrer.
– Cruellement, mon bon : pas tant que ça, puisque voilà qui est fait. Et bien fait, ajouterai-je. Ah, nostalgie ! Viens, courons devant un verre ranimer la flamme vacillante d’une amitié vénérable, fondée sur le respect et l’estime mutuels (Là, entre nous, dans la griserie des retrouvailles, il en rajoutait.) !
Il emmène son compagnon jusqu’à un bistrot auvergnat, où, si l’on se fie aux apparences, il daigne avoir quelques habitudes, dont celle de s’asseoir et de consommer à l’œil (Organe qui, alors, par le même petit miracle éminemment sympathique que nous venons d’observer sur le marché, divinement s’adoucit.). Le patron du troquet, plus auvergnat que permis, s’empresse de lui libérer une table, non sans en avoir délogé François Chiracpin de la Jospidur, qui s’empiffrait de rillettes en compagnie de la non moins riante Vanilla Paradis, de passer un pesticide sur ladite table, préalablement torchonnée, de la charger de bouquets de fleurs, de vaporiser sur lesdits un déodorant anti-gomina prestement empletté à la droguerie voisine, et ainsi de suite…
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C’est Constantin qui ouvre le feu :
– Sacrée vieille branche, évitons les épanchements superflus, j’irai droit au but. Au nom de notre vieille amitié de toujours rarement ouvertement trahie, j’ai besoin de ton aide, pour une affaire délicate et atrocement confidentielle.
– Mon pauvre, tu tombes tout aussi atrocement mal. Je viens à l’instant même de décider de me donner quelque répit. Je décompresse, et, imagine-toi que, bien que tu connaisses mes goûts dispendieux, ce ne sera pas du luxe !
Son interlocuteur, comme s’il avait prévu l’objection, poursuivait :
– J’ajoute, te connaissant comme si je t’avais fait les poches pas plus tard qu’hier alors que ça remonte à pas mal d’années déjà – Comme dit le poète salace, tout en relaçant ses lacets « Le temps passe et lasse, sous pugnace menace que tout ça casse ! »-… j’ajoute que cette affaire est de nature à t’exciter au plus haut point.
À titre préventif, l’aventurier au grand cœur porta une main à l’enfourchure de son pantalon. Toutefois, son regard de marbre et de joueur de poker resta marmoréen.

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Tel un dompteur de sauterelles volantes, Constantin arrêta de la main la diatribe. Avant de prendre à son tour la parole, comme pour donner à ses propos la gravité appropriée il bourra soigneusement sa pipe de billets de banque finement lacérés avant d’être passés au saloir-fumoir. Après quoi, il se moucha, éructa, bâilla indolemment, et un brin insolemment, se cura l’oreille avec ce même brin, passa sa jambe gauche sur la droite, détail qui, bien que pudiquement dissimulé par le bureau, le froissement d’étoffe aidant, n’avait aucune chance d’échapper au sagace Cyrille. Enfin, après s’être éclairci la voix, il lâcha :
– Bien sûr ! Je ne m’en vais pas jouer au plus fin avec toi, sauf peut-être – et encore – à qui perd gagne. DID, Défense et Illustration des Distraits, mais surtout, Dossiers d’Intérêt Douteux. Tu vois où je veux en venir.
Une lueur ombrageuse voila fugitivement le regard positivement sans nuages de C.F. :
– Merde alors, pas tant que ça !
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