Ezistezistepa

Ezistezistepa, roman, Durand-Peyroles, 2010, 5 sens éditions, 2020

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APPRÉCIATION

En ce qui concerne EZISTEZISTEPA, qui me paraît résumer l’essence de « l’inexistentialisme », bravo ! Vous y faites éclater les structures de la pensée, dans l’esprit et dans la lettre. À vous suivre aux quatre vents de l’absurde et de l’anarchie littéraire, je me suis bien amusé comme vous avez dû vous-même le faire à l’écrire, et je gage que Raymond Queneau et, pourquoi pas, Bobby Lapointe y auraient trouvé leur bonheur.

René Sussan, alias René Reouven, romancier (Policiers, fantastique, science-fiction – Grand prix de la littérature policière Voir Wikipedia)

Résumé

Nous voici à l’instant de soulever un pan du voile recouvrant ce nouveau fleuron épique des lettres françaises. Entre le pouce et l’index, tout en pudeur. Action !

Le protagoniste narrateur, aura-t-on deviné, cultive le projet hasardeux de rallier le monde bigarré des Inexistants, monde qu’il estime plus porté à… plus sujet aussi…, moins stratifié, « coincé », en somme que le primaire.

Y parviendra-t-il ? Pourrait-on en douter ? Assurément, il aboutira, notre opiniâtre héros ad hoc, au bout d’une passionnante cascade de tentatives aussi folles, voire un peu plus, l’une que l’autre. Comment, par quelle voie cet aventurier hors du commun, discret au point  de préférer l’anonymat à tout éponymat réducteur, atteindra-t-il son objectif ambitieux ? 

Passez la monnaie !

Extraits

Ainsi s’écoula pas mal de temps, que mon vis-à-vis occupait studieusement. Une page après l’autre, le dossier passait à la moulinette. L’homme au petit tout-le-reste mais au vaste front, rayait, complétait, toussotait, annotait, gratouillait, trissotait, rectifiait, farfouillait, non sans périodiquement relever la tête pour m’interpeller d’une question me cinglant de plein fouet.

— Au grand R, votre nom, ça s’écrit avec deux, ou un seul ? (Aucun, c’est pour les chats ?)

— Faisait-il beau ou s’il pleuvait des cornes de gendarme, le jour de votre naissance ?

— Pourquoi que les britishs ils conduisent à droite, sans parler d’autres tares qu’on leur laisse volontiers ?

— Si vous deviez vous transformer en insecte, lequel vous choisiriez : libellule des labours ou charançon de gruyère ?

— Êtes-vous sujet aux engelures ?

— À supposer qu’un jour le destin vous mette en présence, que trouveriez-vous à redire au mari de la sœur de votre beau-frère par alliance ?

— La cuisson des choux-fleurs à la Cocotte-minute : combien de temps à partir du bzzzz bzzzz ?

— Votre tante du Mexique a-t-elle enfin réussi à vendre son terrain, avec la cabane dont la toiture se tire au moindre vent de boue ?

— Quel jugement portez-vous sur les rapiats, ne songeant qu’à tondre l’alêne sur le dos des cordonniers ?

— Est-ce que vous mettez toujours votre clignotant, avant de tourner la mayonnaise ?


Par ailleurs, toujours au chapitre des ressources, et au risque de trahir les secrets d’alcôves correspondants, je mentionnerai que j’héritai séparément de mes parents, morts de même, lui (première alcôve) sagement dans son lit,  sous lequel je devais découvrir un assortiment de pots-de-vin, soigneusement rangés et étiquetés, mais dont la plupart se présentaient sous les espèces de pintades fermières ou brochets braconnés ayant dépassé depuis des lustres les dates de péremption les plus optimistes, elle dans la couche (seconde alcôve) d’un troisième larron, qui, malheureusement pour l’ambiance, parce que je vous garantis que, pour un larron, c’en était un sacré joyeux, ne fera ici que passer, champion belge du pet farci, tenant stand dans toutes les kermesses carillonnées de la péninsule flamande, qui, dans la chaleur communicative du flagrant délit, tint à mettre lui aussi la main à la poche.

Détail émouvant, laissé à votre appréciation : mes deux géniteurs décédèrent de la même maladie suspecte encore que bénigne, dont les premières atteintes les atteignirent au temps de leur splendeur néoromantique – si, si, ne vous esclaffez pas : je les vois encore de mes yeux éblouis d’enfant, lui conduisant d’une main une Bugatti d’un superbe rouge pot-de-vin, dotée d’une autonomie entre deux révisions complètes d’une bonne quarantaine de kilomètres, elle serrant autour de son cou une écharpe de chinchilla, de même provenance, se prenant dans les rayons des roues motrices…

Cette maladie, je ne cessai de l’entretenir (fidélité filiale, quels détours parfois, quand tu nous tiens, sont les tiens !) en versant la potion expiatoire dans les apéritifs parentaux, sans m’arrêter aux portes : pour mon père, des prisons où son commandement l’envoyait périodiquement cuver ses dessous de lit friands, tout en révisant sa table de pourcentages suivant la règle administrative dite de l’entonnoir hiérarchique ; pour ma mère, des Mc Donald’s France, où, du plus reculé des campagnes flamandes, elle éprouvait tout aussi périodiquement le besoin d’accourir aspirer un peu d’air du pays accommodé fast-ketchup


« Souvent, le dimanche après la cognée, on s’en brimbalait, carnet rose à la main, se tenant l’autre par le petit doigt, canoter sur l’Escaut, le Tigre ou l’Euphrate, avec des maillots rayés façon parmesan, moi sur le crâne un canotier de circonstance, elle un bibi plutôt style cantonnier, qui chantonnait joliment de la cantinette dans la brise aveyronnaise.

« Elle nous avait préparé un pique-nique, avec tout ce dont je me lèche les dix doigts, moi qui d’habitude n’en fais pas tellement grand-chose : des œufs durs à croire, du saucisson si sec, une salade de pommes de terre juste blanchies sous le harnais, du potiron farci à la morue, une marinade de becs de lièvre ramassés durant la saison de leurs amours, un demi-munster rongé par le remords, le tout arrosé d’un bon château-Glouglou, millésimé spécial appel d’offres…

« Quand elle rit à chat perché, la mitronnette, ça s’entend de l’autre côté du miroir. Accourent des jeunes amies à elle… pas si mies que ça, les croûtonnes ! On te la joue à cache-cache le faire-valoir, et, dès que, sacré madré satrape, je te l’attrape, faisant derche de se planquer derrière l’arbre à jurons, on se bastringue des : « Chut, chute de Rhin, de la rhinite au rhinocéros ! », en s’interbéquetant la crête gloutonne. Et pis on file sur la pointe des pieds, qu’elle aura taillés exprès pour que ça tienne la ligne droite, quelquefois jusqu’à Montluçon-city, sinon Mexico-sitôt !

« Elle conduisait une mini-voiture de sport dont je me rappelle pas combien de cylindres roulés sur la cuisse elle carburait, mais seulement qu’on aura beaucoup de mal à y grimper tous avant qu’il se mette à foncer, le bolidet, et nous presque dedans, je te dis pas !

« En plus de l’accélérateur-embrayage à klaxon synchronisé, elle joue de tous les instruments. T’as envie de te morfaller du trombone à percussion ou du galoubet ukrainien, suffit de demander : elle te régale le portauprince que tu ne jureras plus que par Toussaint Louverture ! …


Dans un bel enthousiasme printanier, j’affirme la haute résolution de devenir, au moins dans mon style, ce qui, on en conviendra, déjà ne sera pas rien, plus sobre, plus sage, plus Max Gallo, plus Pascal Jardin, plus Barbara Cartland même (les moustaches en moins) que par le passé !

Oui, que le crique me croque, que le Belzébuth me belzécute, que l’Opéra-Bastille m’obère la pastille si nous n’en avons pas fini avec ces à-peu-près de vocable en l’air, ces plus ou moins altières allitérations pour altiste alité l’été devant sa belle télé fêlée par les décibels bêlés, ces calamiteux calembours pour galants bourrés jusqu’à l’aine de calembredaines, ce parasitisme parano des incidentes assises dans leurs parenthèses joufflues-faux-cul ou barbaresquement bardées de tirets outrés aux traits très tirés !… Ou alors rien qu’un chouia, à un détour de ligne, histoire de se marauder un petit plaisir à deux ronds – de jambe !


J’ai connu des collègues héros de roman, dont la description avait été bâclée par leurs auteurs. Sur le coup, on se dit que ça n’a pas tellement d’importance, l’imagination du lecteur étant censée y pourvoir ; vite on réalise que c’est un véritable boulet à traîner, parce que, je dis pas ça pour vous, mes canonniers du matin blême, dès qu’il s’agit pas d’eux-mêmes, les gens se montrent négligents, si ce n’est carrément rienàfoutristes, que c’en est pas croyable !

Tenez, j’ai présent à l’esprit l’exemple d’un de ces malheureux, vraiment un gars irréprochable du haut en bas, ne déparant pas son con[de]texte, un de ces romans édifiants avec suite et re-suite, dont un éditeur de littérature pour stations-service avait, y a quelques années, essayé, sans autre conviction qu’un tour de passe-passe fiscal, de relancer le genre…

Son nom (de mon personnage, l’éditeur, lui, ayant plongé dans un anonymat des plus minimalistes du même point de vue fiscal, après avoir racheté Gallimard, Grasset et Berger-Levrault) vous dirait rien, because, à la suite de ce que je vais vous nariner, il a fini par se saborder sous le regard indifférent de son maffioso de commanditaire, défiscalisé sinon tout à fait blanchi, et néanmoins promis à de nombreux Goncourt, plus en tout cas que s’ils sortaient de sa propre plume !

Eh bien, ce brave garçon, qu’aurait pas fait de mal à une mouche équipée de la moindre paire d’ailes pour l’effrayer avec ses terribles bzzzz-bzzzz, et à qui, jusque dans sa vie privée, on ne connaissait pas d’ennemis, un jour le hasard lui fait croiser une de ses lectrices éphémères et néanmoins ferventes… Même passagères, elles n’étaient pas légion, d’où l’attention en retour, avec, incontinent, battements de sourcils en direct live, et, comme on le verra re-incontinent (permettez : coup de cœur) baisemain aux environs immédiats… de la cinquantaine – là, finement, j’introduis le chaperon qui suit de peu.

La Juliette en premier : une adolescente pas rien bécasse, orpheline de parents disparus d’abord puis déclarés décidément décédés à l’étranger dans un accident d’automobile pas guère clair (enquête bâclée, parce que, ce jour-là, paraît-il ultérieurement, y avait une grosse pluie qui mouillait, et, que, d’ailleurs, dans les pays étrangers – Dieu sait qu’en ces temps de xénophobie galopante, un jour ou l’autre, ils le seront tous –, à l’exception des hôteliers, restaurateurs et commerçants qu’ont de la politesse et une belle âme, on reste toujours soi-même des étrangers, surtout quand c’est pour s’y accidenter sans profits pour personne [qu’ils tronchonnent, les autochtones, tout en se goinfrant la roue de secours à pneu neuf], au lieu de rester gentillement [les étrangers] dans leur rôle : discrets, admiratifs devant les monuments préparés à leur encontre, et, surtout, parce que ça, vraiment, c’est trop laid, pas chiens du gousset !) … élevée – j’en reviens à l’orpheline – par une tante coincée, tant côté poivre et sel de la terre que piment de l’existence, laquelle, chaque dimanche entre messe et complies, les véhiculait, duottement faute de mieux, avec sandwichs sous papier d’alu (-cinations à proscrire) et vent dominant contraire, dans une vieille 4 L cabossée, ce qui laissait du loisir pour la lecture à la passagère vierge et, en l’occurrence, du fait de l’impéritie de la suspension, un peu plus martyre encore qu’en règle générale !

D’abord, le collègue, pas en posture d’être blasé côté press-book, est flatté de l’image de lui-même que lui renvoie la jouvencelle, échauffée par les cahots secouaillant sa puberté à peine nubile et, à l’abri du bouquin bien-pensant, préalablement lubrifiée par l’index, rongé icelui d’envies diffuses, mais déjà bien précises, quant à la topographie du site maintes fois visité, qui ne tournait pas les pages (l’index mouillé coquin vilain) …

Cependant, quelques instants plus tard, à l’occasion d’un nid-de-poule insidieux, franchi à bien trente à l’heure par la tante, que, sur un registre différent de sa nièce, va surexciter l’intervention providentielle de ce stoppeur, relançant la goûteuse tradition du baisemain, que, statistiquement, une comme elle était programmée pour n’avoir dans sa vie à tout casser qu’une occasion ou deux de déguster, et qui, rien que de ce fait, aurait possiblement (le galant damoiseau tombé du ciel) une tête, non pas de veau, ni même de linotte, mais de gendre pour sa nièce boutonneuse et bottineuse (mirage, aussitôt mis sous cadre ovale, du baisemain dominical, précédant de trois secondes et demie – le temps du rengorgement intime – l’offrande, tout aussi dominicale, de la tarte aux abricots meringués) voilà que son regard (de notre personnage de roman en rupture de bande-annonce, où c’était le portraict de l’auteur qui occupait le terrain), du même mouvement que le plafonnier (l’effet nid-de-poule), dégringole sur ses genoux ! Et, là, de quoi il s’aperçoit, le copain ?

Malheur et damnation, qu’il haddocke et hoquète en son fort (sic) intérieur, sa braguette est grande ouverte, qu’on se croirait transporté face au péage, à fort P.H, de Montélimar, un vendredi 13 juillet ordinaire !

Disons-le d’emblée : dans la suite de l’intrigue, brève car le roman n’y survivra pas, il aura beau faire, notre roméo typé, jamais cette foutue braguette ne consentira à tenir fermée. Certes, avec l’aide de l’éditeur qui, friand de décorations régionales et briguant pour le brigand qu’il est et sa dondon plusieurs grands cordons dont d’Aisne, ne pouvait moins faire, chacun affectera de l’ignorer, pourtant le fait hyperstressant n’en sera pas moins là, bel et bien !

Et, mes turlupins flamboyants, vous y êtes peut-être, là, vous-mêmes, les bras croisés sur votre gilet de brebis, en train de feindre de croire que c’est tout le hic ? Que nenni : au contraire, c’est là que le bât va se mettre à blesser pour de bon, en frappant tout autour de lui !

Parce que, de cette braguette béante, imaginez-vous que, bonjour la bavure, pendouille une monstrueuse breloque, qui, exception accordée de la localisation,  ne ressemble en rien à un zizi d’honnête citoyen, et encore moins à celui d’un futur gendre de tante de nièce orpheline, ignorante mais redoutablement imaginative grâce à la primauté de l’instinct primaire, lequel nous a déjà dispensé, via Boccacio et le Pierre Louÿs de l’immortel « Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation », pas mal de nos miracles à nous néo-païens – chacun a ceux qu’il mérite, et, de vous à moi, si mon collègue avait été moins tirelaroulette, une vraie vierge nubile, ça valait-i pas les racoleurs désagréments d’un classement X ?

Comme lui-même, horrifié, avant nous, le fîmes, inclinons-nous (au figuré, mes rhododendrons étiques, pas d’excès de zèle à haut risque) devant cette évidence, qui, plus que jamais, pendibule !

Ce qui exorbite nos yeux, ayant pourtant vécu, c’est rien de moins qu’une espèce de confiserie bavaroise, d’un baroquisme extravagant quant à la forme tortueuse et aux couleurs, du genre qui font fuir même les mouches des dictionnaires médicaux illustrés, échevelé cauchemar de pâtisserie dans la composition de laquelle n’entrent que des matières désastreusement frivoles, en plus salées, poivrées, pimentées, arsouillées, où se sent aussi peu la sainte main pétrisseuse et conceptuelle du Seigneur que rahat-loukoum, frangipane, marshmallow, et j’en passe, par égard pour les lecteurs que les frustrations d’un régime draconien pourraient, ce lisant, pousser aux égarements du passage à l’acte extrême. Le tout rendu plus fondant encore par la température estivale, ce qui, pour qui pourrait être atteint d’une gourmandise assez crapuleusement perverse (à ce degré, on n’ose imaginer qu’une nostalgique du défunt couvent des Oiseaux, ressortie en trombe de la chambre froide du Musée du Vice) … lui ajoute le racolage supplé­mentaire d’une touche moirée de louche incontinence, la vraie, terreur des blanchisseuses. Jamais le malheureux ne se remettra de la sortie de route !

Suivant votre bonne habitude de toujours chercher à relativiser le ragoût, vous tendrez, mes esthètes de banlieue, à réduire l’affaire à un cas isolé et non significatif, au motif, observerez-vous, non sans une bonne part de tiperie, qu’il n’est pas d’usage courant qu’un auteur se fasse obligation de décrire le zizi de ses héros, ni même se donne la peine de préciser si leurs braguettes sont zizippées avec la constance exigée par les bonnes mœurs. Sur un terrain aussi sensible, nous prétendons que l’exemple prête à réfléchir ! Vous n’aurez pas été sans remarquer que, dans notre fiche signalétique, nous avons consacré au nôtre, de lunatique affront à la censure, un développement donnant une idée approchante du sien propre, avec, pour l’agrément de bouche et le vertige de l’esprit, la référence explicite à la mythique, fascinante et toujours wanted Zaza, suivant l’adage : « Un homme averti en garde dans sa culotte autant qu’un ou deux seulement invertis ! ».

Bon, mes gorbatchevs élus à l’unanimité plus une voix, maintenant que cette question du portraict est enfin réglée jusque dans ses plus pointilleux codicilles, que nous reste-t-il comme contentieux au rayon retards et omissions diverses ?

Je vois ! Quand même, reconnaissez que, depuis avant-hier, on en a liquidé un paquet ! Et puis, excusez si je me pardonne du peu : je bâille ! Demain sera un autre jour… sauf pour l’alcoolique insomniaque, qui, ne se bornant pas à confondre le jour et la nuit, se déconsidère aux yeux de sa gazinière à force de lui susurrer du Paul Géraldy .


Dans ma rue, se signalait un vieux monsieur, charmant et pas bien grand, comme dans les charmants, et tout aussi menus, romans bien de chez nous, et, toujours à leur image, tenant boutique d’antiquités, avec qui, à l’occasion, j’échangeais des propos badins. Une inspiration me fit pousser sa porte.

Je lui serrai la main, pris des nouvelles de sa santé, de celle du gros matou familier dont j’avais d’entrée repéré l’absence de son coussin habituel ; me félicitai d’apprendre que l’un et l’autre se portaient comme des charmes, le chat arpentant le quartier en tournée de visites du troisième âge ; sans trop entrer dans le détail, je satisfis la curiosité réciproque de mon hôte à l’égard de mon propre bilan physique, puis de mes affaires, enfin de mes géraniums. Par acquit de politesse, je feignis de m’intéresser à une série de mesures d’étain, menacées de mévente par d’autres mesures, fiscales celles-là ; fis mine d’être touché de l’entendre m’assurer que, si je prenais le lot, il me ferait un prix d’ami ; promis d’y réfléchir dès que j’aurais perçu l’une ou l’autre de mes allocations-système D ; j’énonçai détenir de mon côté quelque chose à lui faire voir ; déballai mon Trouillebert saisi par la débauche (je ne sais ce qu’il en était du peintre lui-même, mais, quant à ses personnages, les trublions ne semblaient pas guettés par le post coïtum) ; le plaçai à bonne hauteur sur une commode, et, comme vous l’allez voir – et, par l’imagination, entendre auditivement confirmer –, m’enquis de ce qu’il en pensait.

— Allons, mon cher, m’enquis-je auditivement, qu’en pensez-vous ?

Il était perplexe, mais non sans un certain nombre de connotations positives, héritées des meilleurs romans psychologiques français.

— Étrange, j’ai déjà vu quelque chose qui y ressemblait fort !

— Ne songeriez-vous pas à la « Servante de Harem », du regretté Paul-­Dé­­siré Trouillebert ?

— Oui, maintenant que vous le dites ! Mais, là, nous sommes sur un je ne sais quoi, différent du souvenir que j’en ai, qui n’est pas sans me déconcerter le tantinet !

— Je donnerais ma main à croquer qu’il s’agit de la présence, parfaitement déplacée assurément, de ce grand pendeur d’andouilles et pourfendeur d’oies semi-blanches, quant à lui de la plus belle ébène, d’après le peu qu’on ne saurait manquer d’en apercevoir ?

— En effet, en effet : l’homme de couleur, voilà l’intrus ! Sans compter… n’allez pas le prendre en mauvaise part…

— Ce qui turlupine votre langue châtiée, nous lui en épargnerons l’écorniflure. Dans le cas d’espèce, effectivement, tout donne à diagnostiquer une intromission hypodorsale, vraisemblablement au stade anal, comme se fût soliloqué Sigmund Freud en passant ses caleçons sous le robinet.

— Tout à fait, mon cher ! Vous avez mis le doigt sur le tout autre chose que ce jeune ancêtre et précurseur à son insu de générations de tirailleurs et autres employés de voirie, qui, s’alignant sur les évolutions socio-politiques, sauront se montrer dignes, successivement de la médaille militaire puis – « Sublata causa, tollitur effectus » – de celle des bons et loyaux services, dans le sillage, heureusement plus pacifique, de la balayeuse municipale… le tout autre chose, donc, si vous me suivez, que ce jeune ancêtre-etc. n’hésite pas à fourrer là où, de son côté respectivement inhabituel, l’impétrante n’a pas hésité  à lui faire une petite place, ce qui ne rajeunira quiconque, ici même ! Mais ce genre de tableau de genre n’est pas précisément celui du susnommé Trouillebéromètre, qui n’a pas fait carrière dans le stupre invétéré ! D’où tenez-vous cette curieuse rareté ?

— Petit secret, mon cher, sans vous offenser ! En tout état de cause, vous intéresse-t-elle, ma curiosité rare ?

— Un détail, qui, comme souvent, à l’inverse des choses importantes, n’en est pas dénué, d’importance : combien en attendriez-vous ?

— Pas un penny ! Je vous l’offre, à vous et à Flaubert (ainsi, comme dans la quasi-totalité des romans psychologiques français, avait-il baptisé son chat) !

— Me l’offrir ? Ai-je bien ouï ?

— Oui, bien vous ouïtes ! Après tout, il ne s’agit que d’une copie.

— Certes, mais spéciale !

— Ce qui est également mon sentiment !

— Plus j’y songe, plus « spéciale » est le mot juste !

— C’est si vrai qu’en saine et unanime objectivité, je nous dispenserai de chercher mieux !

Etc., etc. Ainsi, chacun parti dans son rêve éveillé, nous attardions-nous en vains commentaires. Nos regards sibyllins se fuyaient. Avec une crânerie que n’eût pas désavouée un leader du mouvement indépendantiste chauve briguant une subvention auprès de la Communauté réduite aux aguets, je raffermis le mien, de regard, et, du même mouvement, ma voix, dont je m’apprêtai à faire un usage calculé pour une parfaite symbiose avec le destinataire, conformément à l’éthique (Quel bas crétin à l’haleine empuantie souffle dans mon cou : « l’éthylique » ?) professionnelle qui me quitte rarement…

— Cependant, en-effétais-je, j’y mets une condition sans couenne de nonne – je ne vous ferai pas l’injure de reconvertir en latin juridique ? (Il s’inclina, un peu sèchement.) Cette condition est que, ce tableau, vous ne vous en séparassiez point, dans les limites énumérées ci-après…

« Mon vœu dûment formalisé et authensifié est que, sauf cas de force majeure, tels que catastrophe naturelle, séisme, inondation, mutinerie aux Baumettes, terrorisme astrologique, météorisme météorologique, élections anticipées, modi­fication conséquente des assiettes de cotisation apte à influer sur les quotas, disparition subite de l’une ou l’autre des parties (en chœur nous nous signâmes) sans héritiers illégitimes, condamnation en correctionnelle, gain au jeu du Millionnaire, il ne quitte pas votre vitrine, où je pourrai ainsi le contempler et re(contempler), en passant, et re(passant), ce durant un délai, à compter de la délivrance en mains propres. Montrez ! (Il le fit, moi aussi, même si, en stricte légalité, rien ne m’y obligeait !) … délivrance, en mains à peu près propres, de la présente… un délai de, disons six mois, intégralement consacré au sevrage…

Allons, tout vient d’être dit : écourtons ! Il me congratula, comme il se devait, avec une effusion de rhamus frangula(vulgairement : bourdaine), que j’absorbai en quelques borborygmes, dont la transcription n’ajouterait rien à la clarté de l’exposé. Puis il insista pour que je le mette à l’aise en choisissant quelque objet en guise de remerciement. J’optai pour un petit Brailler, peintre inexistant s’il en est, ce qui me convenait à merveille…

« Dedans, si confortable ! » : quelle étrange formulation,  me disai-je intérieurement, tout en assurant mon interlocutrice que la prochaine fois qu’il lui plairait de réemménager aussi près de chez moi – ce que je souhaitais de tout cœur, dans la perspective du plaisir partagé encore que sans partage de la revoir –, que, donc, blablabla… je me mettrais à son entière disposition, ce lui baisant la main haut et fort, puis accomplissant un demi-tour à demi réussi, puis m’engageant dans l’escalier, puis ouvrant ma porte, puis la refermant sur moi, puis me déshabillant mécaniquement, puis, nonobstant l’heure indue (tout vient à temps à qui sait être tendre), tendrement me glissant entre mes draps, puis étreignant tendrement la lumière, puis idèmement me pressant dans les bras d’un Morphée tellement effaré d’une aubaine quand même assez abrupte qu’heureusement pour votre serviteur, il se montra incapable d’en profiter !

Adresses aux lecteurs

Mes vermisseaux redondants, mes crapouillots goutteux, mes mâchicoulis de tomate, mes oto-rhinos enrhumés de l’oreille, mes galupiaux galopants, mes crustacés cuits-assez, mes rognons de soleil, mes carnivores au pain sec, mes canetons zélés, mes candélabres calabrais, mes gauchos de l’Arizona, mes alligators asséchés, mes tricoteurs de ventouses, mes peluches amidonnées, mes galocheurs de prostate, mes artificiers bonasses, mes cabalistes cavaleurs, mes saumons subliminaux, mes quadrupèdes hémisphériques, mes andouillettes en gelée de groseilles, mes betteraviers d’en dessous la pluie qui mouille, mes ragondins aux couleurs du couchant, mes crapoteux mousquetaires au couvent, mes containers poussés sur la voie de garage, mes plafonniers folâtres, mes azymes gloutons, mes perruquiers adulés, mes beaux papillons de nuit rôtis sous la cendre, mes cassoulets lyophilisés, mes bigorneaux fleurdelisés, mes doux cochonnets de pétanque, mes satrapes mordorés, mes alcibiades déplumés, mes tourteaux d’aquarium, mes catéchumènes désargentés, tout rougissants mes quarantièmes, mes vautours gastéropodes, mes canonniers du matin blême, mes turlupins flamboyants, mes rhododendrons étiques, mes esthètes de banlieue, mes gorbatchevs élus à l’unanimité plus une voix, mes artificiers languissants, mes bons zorros, mes délices hongroises du boucher chevalin, mes cassoulets vitaminés, mes fantassins cholériques, mes bombardiers du feu, mes mignons meuniers-tu-dors, mes tire-au-flanc sanctuarisés, mes sangliers glaireux, mes îlotiers calamiteux, mes objurgateurs en peau de crotale vert, mes pétomanes introvertis, mes mariniers déplumés, mes lapins de garenne ploutocrates, mes menthes à l’eau du robinet, mes chiffonniers incandescents, mes dignes chameliers du Koweit, mes chasseurs alpins azymes, mes faisans bleus, mes biscottes trempées dans le jaune, mes jolies belettes caverneuses, mes pyromanes inextinguibles, mes sapajous renforcés aux mollets, mes mignonnets Trafalgar à la Nelson, mes néophytes cousus de fil blanc, mes baudruches hyperglycémiques, mes carillonneurs d’opéra-bouffe, mes leucocytes ombellifères, mes rondouillards oignons de tulipes, mes grands sauciers du Roy, mes gentilles sardines boucheuses de porc, mes sommeliers décavés, mes biquets redondants, mes doryphores eczémateux, mes parpaillots consternés, mes bandonéons submersibles, mes engoulevents ivres de girouettes, mes nécrophiles languissamment attentifs, mes kangourous sodomites, mes passementiers du Roy, mes patibulaires mécanographes rempilés, mes bouilleurs de crue de la rivière, mes castors épidermiques, mes subreptices mangeurs d’oies rôties sous la cendre, mes croqueurs de moumoutes, mes courriéristes du cœur insuffisamment affranchis, mes oignons de tulipe désossés émules de Valentin-la peinture, mes hexagonaux virtuoses du trombone à calice, mes ganglions oxygénés, mes dolomites sirupeux, mes filets de loup aux morilles du jardin, mes crooners morpionomanes, mes bijoutiers du tiers-payant, mes doux saigneurs de nez en trompette, mes Falstaff boudinés, mes carillonneurs du bas-clergé se bousculant pour fuir la vérole, mes galériens peinturlurés d’Adriatique, mes arpions morigénateurs, mes impérissables zouzous d’Afrique, mes lardons du Pape, mes presbytériens d’eau douce, mes bidants corses continentaux, mes convoyeurs de fonds d’artichauts, mes coquins coquelets bénis, mes boulingrins d’albâtre, mes volleyeurs de l’impossible, mes harangueurs pointilleux du bitume, mes mendigots d’amour, mes têtes de pioches manquant à la pelle, mes bigourdans du Périgord, mes coqueluches juste passées à la poêle, mes baladins du monde occipital, mes marcassins dodus, mes rôtisseurs de candélabres, mes rayons rayonnants du crépuscule, mes complices bonasses, mes pingouins renifleurs, mes cyclopes hémiplégiques, mes pourlécheurs de belles routes, mes agneaux rancis, mes mercenaires du malaise persistant, mes grivetons flingueurs, mes oisillons tombés du CNIT, mes voleurs de votre propre zèle, mes ratons-laveurs avec faveurs idoines dans vos jolis cheveux noués par l’émotion, mes impétrants impétueux, mes petits lézards graphiques, mes rhododendrons suburbains, mes doux égoutiers du macaron hexagonal.

Le roman français

D’expérience, je savais qu’en matière de roman romanesque, même français, dés qu’on entre dans le vif du sujet, il n’est rien qui ne puisse se produire !

Il était perplexe, mais non sans un certain nombre de connotations positives, nuance sans doute héritée des meilleurs romans psychologiques français.

– Pas un penny ! Je vous l’offre, à vous et à Flaubert (ainsi, toujours comme dans la quasi-totalité des romans psychologiques français, avait-il baptisé son chat) !

Je récupérai le précieux document dans la corbeille à papier, qui, par un heureux hasard, typiquement roman français, n’avait pas été vidée depuis pas mal de temps – juste la quantité dont notre heureux hasard français avait besoin.

Un jeune couple affamé, que, par un heureux hasard romanesque hyperfrançais, on était justement en train de jeter à la rue.

Pour dire à quoi ça tient, jusque dans les romans français les mieux torchés : simple question de goût personnel par ci par là, un pas en avant, on se garde par derrière… sauf à le sentir autrement…

C’est alors que je fus frappé d’un étourdissement qui me fit me cramponner au chambranle de la porte, non sans fermer les yeux, à la limite d’une théâtralité retenue, moins rare qu’on pourrait croire dans la tradition du roman français…

Derrière la jeune femme avait pris forme un intérieur d’un goût exquis (toujours comme dans les romans français, mais en quand même plus moderne)

Le tout, bien entendu, sans un atome de ressemblance providentielle, ce qui ‑est-il besoin de le préciser ?- me situe légèrement à part dans l’univers codé du cher vieux roman à la française.

N’importe quel romancier fictionnesque atteint du mal français, question humour subtil et hilarité rentrée – je veux dire : ne pêchant pas vraiment par excès de la chose !

Le cercle se referme pour le meilleur ou pour le pire, comme dans certains romans français et non des moindres, s’achevant à peu près comme ils ont commencé, ce qui fait qu’on peut très bien en avoir deux ou trois pour le prix d’un sans même s’en apercevoir !

Monticule mythique que, par une coïncidence romanesque hardiment franco-française, mes nouvelles copines et moi on vient de mettre pointer à l’horizon, à seule fin de faire joli et Paramount.

La grande distributif internationale est subjuguée.

Vous qui aspirez à la célébrité, voyez à quoi vous vous exposez !

Effectuant une recherche sur Google après avoir constaté sur Amazon l’attribution  d’un livre « La femme de mon mari » qui m’est étranger, je tombe sur cette curiosité. Cliquant à nouveau sur le lien, j’obtiens d’autres textes. Florilège, après rectification des fautes de langue les plus grossières.

« georges richardot

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Et encore…