Ezistezistepa

Ezistezistepa, roman, Durand-Peyroles, 2010

(Indisponible. En attente de réédition.)

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APPRÉCIATION

En ce qui concerne EZISTEZISTEPA, qui me paraît résumer l’essence de « l’inexistentialisme », bravo ! Vous y faites éclater les structures de la pensée, dans l’esprit et dans la lettre. À vous suivre aux quatre vents de l’absurde et de l’anarchie littéraire, je me suis bien amusé comme vous avez dû vous-même le faire à l’écrire, et je gage que Raymond Queneau et, pourquoi pas, Bobby Lapointe y auraient trouvé leur bonheur.

René Sussan, alias René Reouven, romancier (Policiers, fantastique, science-fiction – Grand prix de la littérature policière Voir Wikipedia)

Extraits

Sans chercher si loin, j’ai connu des collègues héros de roman, dont la description avait été bâclée par leurs auteurs. Sur le coup, on se dit que ça n’a pas tellement d’importance, l’imagination du lecteur étant censée y pourvoir ; vite on réalise que c’est un véritable boulet à traîner, parce que, je dis pas ça pour vous, mes canonniers du matin blême, dès qu’il s’agit pas d’eux-mêmes, les gens se montrent négligents, si ce n’est carrément rienàfoutristes, que c’en est pas croyable !

Tenez, j’ai présent à l’esprit l’exemple d’un de ces malheureux, vraiment un gars irréprochable du haut en bas, ne déparant pas son con[de]texte, un de ces romans édifiants avec suite et re-suite, dont un éditeur de littérature pour stations-service avait, y a quelques années, essayé, sans autre conviction qu’un tour de passe-passe fiscal, de relancer le genre…

Son nom (de mon personnage, l’éditeur, lui, ayant plongé dans un anonymat des plus minimalistes du même point de vue fiscal, après avoir racheté Gallimard, Grasset et Berger-Levrault) vous dirait rien, because, à la suite de ce que je vais vous nariner, il a fini par se saborder sous le regard indifférent de son maffioso de commanditaire, défiscalisé sinon tout à fait blanchi, et néanmoins promis à de nombreux Goncourt, plus en tout cas que s’ils sortaient de sa propre plume !

Eh bien, ce brave garçon, qu’aurait pas fait de mal à une mouche équipée de la moindre paire d’ailes pour l’effrayer avec ses terribles bzzzz-bzzzz, et à qui, jusque dans sa vie privée, on ne connaissait pas d’ennemis, un jour le hasard lui fait croiser une de ses lectrices éphémères et néanmoins ferventes… Même passagères, elles n’étaient pas légion, d’où l’attention en retour, avec, incontinent, battements de sourcils en direct live, et, comme on le verra re-incontinent (permettez : coup de cœur) baisemain aux environs immédiats… de la cinquantaine – là, c’est que, finement, j’introduis le chaperon qui suit.

La Juliette : une adolescente pas rien bécasse, orpheline de parents disparus d’abord puis déclarés décidément décédés à l’étranger dans un accident d’automobile pas guère clair (enquête bâclée, parce que, ce jour-là, paraît-il ultérieurement, y avait une grosse pluie qui mouillait, et, que, d’ailleurs, dans les pays étrangers – Dieu sait qu’en ces temps de xénophobie, ils le seront bientôt tous –, à l’exception des hôteliers, restaurateurs et commerçants qu’ont de la politesse et une belle âme, on reste toujours soi-même des étrangers, surtout quand c’est pour s’y accidenter sans profits pour personne [qu’ils tronchonnent, les autochtones, tout en se goinfrant la roue de secours à pneu neuf], au lieu de rester gentillement [les étrangers] dans leur rôle : discrets, admiratifs devant les monuments préparés à leur encontre, et, surtout, parce que ça, vraiment, c’est trop laid, pas chiens du gousset !) … élevée – j’en reviens à l’orpheline – par une tante coincée, tant côté poivre et sel de la terre que piment de l’existence, laquelle, chaque dimanche entre messe et complies, les véhiculait, duottement faute de mieux, avec sandwichs sous papier d’alu (cinations s’abstenir) et vent dominant contraire, dans une vieille 4 L cabossée, ce qui laissait du loisir pour la lecture à la passagère vierge et, en l’occurrence, du fait de l’impéritie de la suspension, un peu plus martyre encore que dans l’ensemble !

D’abord, le collègue, pas en posture d’être blasé côté press-book, est flatté de l’image de lui-même que lui renvoie la jouvencelle, échauffée par les cahots secouaillant sa puberté à peine nubile et, à l’abri du bouquin bien-pensant, préalablement lubrifiée par l’index, rongé icelui d’envies diffuses, mais déjà bien précises, quant à la topographie du site maintes fois visité, qui ne tournait pas les pages (l’index mouillé coquin vilain) …

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Adresses aux lecteurs dans EZISTEZISTEPA

Mes vermisseaux redondants, mes crapouillots goutteux, mes mâchicoulis de tomate, mes oto-rhinos enrhumés de l’oreille, mes galupiaux galopants, mes crustacés cuits-assez, mes rognons de soleil, mes carnivores au pain sec, mes canetons zélés, mes candélabres calabrais, mes gauchos de l’Arizona, mes alligators asséchés, mes tricoteurs de ventouses, mes peluches amidonnées, mes galocheurs de prostate, mes artificiers bonasses, mes cabalistes cavaleurs, mes saumons subliminaux, mes quadrupèdes hémisphériques, mes andouillettes en gelée de groseilles, mes betteraviers d’en dessous la pluie qui mouille, mes ragondins aux couleurs du couchant, mes crapoteux mousquetaires au couvent, mes containers poussés sur la voie de garage, mes plafonniers folâtres, mes azymes gloutons, mes perruquiers adulés, mes beaux papillons de nuit rôtis sous la cendre, mes cassoulets lyophilisés, mes bigorneaux fleurdelisés, mes doux cochonnets de pétanque, mes satrapes mordorés, mes alcibiades déplumés, mes tourteaux d’aquarium, mes catéchumènes désargentés, tout rougissants mes quarantièmes, mes vautours gastéropodes, mes canonniers du matin blême, mes turlupins flamboyants, mes rhododendrons étiques, mes esthètes de banlieue, mes gorbatchevs élus à l’unanimité plus une voix, mes artificiers languissants, mes bons zorros, mes délices hongroises du boucher chevalin, mes cassoulets vitaminés, mes fantassins cholériques, mes bombardiers du feu, mes mignons meuniers-tu-dors, mes tire-au-flanc sanctuarisés, mes sangliers glaireux, mes îlotiers calamiteux, mes objurgateurs en peau de crotale vert, mes pétomanes introvertis, mes mariniers déplumés, mes lapins de garenne ploutocrates, mes menthes à l’eau du robinet, mes chiffonniers incandescents, mes dignes chameliers du Koweit, mes chasseurs alpins azymes, mes faisans bleus, mes biscottes trempées dans le jaune, mes jolies belettes caverneuses, mes pyromanes inextinguibles, mes sapajous renforcés aux mollets, mes mignonnets Trafalgar à la Nelson, mes néophytes cousus de fil blanc, mes baudruches hyperglycémiques, mes carillonneurs d’opéra-bouffe, mes leucocytes ombellifères, mes rondouillards oignons de tulipes, mes grands sauciers du Roy, mes gentilles sardines boucheuses de porc, mes sommeliers décavés, mes biquets redondants, mes doryphores eczémateux, mes parpaillots consternés, mes bandonéons submersibles, mes engoulevents ivres de girouettes, mes nécrophiles languissamment attentifs, mes kangourous sodomites, mes passementiers du Roy, mes patibulaires mécanographes rempilés, mes bouilleurs de crue de la rivière, mes castors épidermiques, mes subreptices mangeurs d’oies rôties sous la cendre, mes croqueurs de moumoutes, mes courriéristes du cœur insuffisamment affranchis, mes oignons de tulipe désossés émules de Valentin-la peinture, mes hexagonaux virtuoses du trombone à calice, mes ganglions oxygénés, mes dolomites sirupeux, mes filets de loup aux morilles du jardin, mes crooners morpionomanes, mes bijoutiers du tiers-payant, mes doux saigneurs de nez en trompette, mes Falstaff boudinés, mes carillonneurs du bas-clergé se bousculant pour fuir la vérole, mes galériens peinturlurés d’Adriatique, mes arpions morigénateurs, mes impérissables zouzous d’Afrique, mes lardons du Pape, mes presbytériens d’eau douce, mes bidants corses continentaux, mes convoyeurs de fonds d’artichauts, mes coquins coquelets bénis, mes boulingrins d’albâtre, mes volleyeurs de l’impossible, mes harangueurs pointilleux du bitume, mes mendigots d’amour, mes têtes de pioches manquant à la pelle, mes bigourdans du Périgord, mes coqueluches juste passées à la poêle, mes baladins du monde occipital, mes marcassins dodus, mes rôtisseurs de candélabres, mes rayons rayonnants du crépuscule, mes complices bonasses, mes pingouins renifleurs, mes cyclopes hémiplégiques, mes pourlécheurs de belles routes, mes agneaux rancis, mes mercenaires du malaise persistant, mes grivetons flingueurs, mes oisillons tombés du CNIT, mes voleurs de votre propre zèle, mes ratons-laveurs avec faveurs idoines dans vos jolis cheveux noués par l’émotion, mes impétrants impétueux, mes petits lézards graphiques, mes rhododendrons suburbains, mes doux égoutiers du macaron hexagonal.