Heureusement qu’il y a des braves

20’

PERSONNAGES

OSCAR
ADRIEN
L’AGENT DE POLICE
MIRINA
Le Sous-Marin Atomique


EXTRAITS

La scène est nue. Entrent Oscar et Adrien, hommes moyens, d’âge moyen, moyennement vêtus. Ils parcourent plusieurs fois le plateau, puis s’arrêtent, se font face.

OSCAR : Adrien ! Quelle surprise ! Dis donc, comment tu vas ?
ADRIEN : Oscar ! Si je m’attendais ! Comment vas-tu, dis donc ?
OSCAR : En catimini. Et toi ?
ADRIEN : Plutôt mal, ma foi !
OSCAR : Eh bien, j’en suis ravi ! Et pourquoi ?
ADRIEN : Pourquoi tu en es ravi ?
OSCAR : Mais non ! Pourquoi tu vas mal ?
ADRIEN : Tu as un peu de temps ?
OSCAR : J’en garde toujours sur moi. Pas des quantités ! Dans quelle direction allais-tu ?
ADRIEN : (montrant la droite) Par là. Et toi ?
OSCAR : (montrant la gauche) Par là.
ADRIEN : Nous bavarderons en chemin.

Ils se mettent en marche, chacun dans sa direction.

ADRIEN : Ça faisait une paie qu’on ne s’était vus ! Combien, exactement ?
OSCAR : Dans les 6.000 par mois. Et ta mère, toujours alerte ?
ADRIEN : Comme une sirène ! C’est un mot, ah, ah !
OSCAR : Moi aussi, c’en était un, ah, ah, ah !

Ainsi donc, ils s’esclaffent.

OSCAR : C’est vrai ce qu’on prétend ?
ADRIEN : À quel sujet ?
OSCAR : Ton mariage.
ADRIEN : Eh oui, un jeune séminariste. Très convenable, je t’assure.
OSCAR : Comment va-t-il ?
ADRIEN : Tu sais comme c’est : ça va ça vient, ça plonge ça vole ! Mais et toi ?
OSCAR : J’ai dix heures cinquante. En veux-tu ?
ADRIEN : Merci, mon vieux. J’en attends onze d’une minute à l’autre !
OSCAR : Je n’insiste pas ! (entre ses dents ) Bêcheur !

Dans leurs allées et venues, ils se heurtent.

OSCAR : Oh, pardonnez-moi !
ADRIEN : Excusez-moi !
OSCAR : Je suis parfois bien maladroit !
ADRIEN : J’étais distrait !

Une courbette et ils reprennent leur déambulation.

OSCAR : Le plaisir de vous revoir !
ADRIEN : Le charme de votre conversation !

Ils s’arrêtent pile.

ADRIEN : Mais dites donc, espèce de pignouf… !
OSCAR : Ça vous arracherait le museau de demander des excuses ?
ADRIEN : Pourriez pas vous pardonner ?
OSCAR : Je vais vous apprendre la politesse, môssieur !
ADRIEN : Je vous courberai le poil dans le sens du ventre !
OSCAR : Et moi, je vous rétorquerai le trombone à coulisse !
ADRIEN : Attendez seulement que je vous subodore le flageolet !
OSCAR : Un mot de plus et je vous burine le bergougnat !
ADRIEN : D’ailleurs, voyez plutôt !

Ils sont face à face.

OSCAR : Et quoi donc ?
ADRIEN : Je vous gifle ! (Il le fait.)
OSCAR : Moi de même ! (même jeu)
ADRIEN : Tenez, encore ! (même jeu) Pas belle, celle-là ?
OSCAR : Sa grande sœur ! (même jeu)
ADRIEN : Ah, ah, vous voilà maté !
OSCAR : (au public) Je crois qu’il a son compte !
ADRIEN : Après cette mise au point qui s’imposait…
OSCAR : Je ne vous garderai pas rancune !
ADRIEN : De mon côté, l’incident est clos !
OSCAR : Comment va madame votre monsieur ?
ADRIEN : Eh bien, justement…

Entre un agent de police, se traînant sur les genoux, avec force coups de sifflet.

L’AGENT : Hé, vous deux ! Arrêtez immédiatement !
OSCAR : Arrêter quoi, monsieur l’agent ?
L’AGENT : Arrêtez de vous battre !
ADRIEN : De nous battre ? Où avez-vous vu jouer… ?
L’AGENT : Question de flair ! Arrêtez-vous, ou je vous arrête !
ADRIEN : (hautain) Nous arrêter ! Et pour quel motif ?
L’AGENT : Pour non-arrêt, et la sauce !