LE CHERCHEUR DE COQUILLAGES

Poésie. Papier et numérique. 5 sens éditions, 2016

De Pierre Seghers à la chansonnette et aux expériences de « poésie prosaïque », en passant par la pataphysique.

J’ai regroupé sous le titre « Le chercheur de coquillages » plusieurs recueils représentant une transversale de mon travail poétique. Celui-ci débuta dans mon adolescence. Mon plus ancien poème conservé est « Tableau ». Il figurait dans un recueil, déjà intitulé « Le chercheur de coquillages » que ma fiancée d’alors, qui deviendra ma femme, avait à mon insu – Je ne voulais pas être publié. – adressé à Pierre Seghers, qui l’accepta. Par mon intransigeance, je fis capoter le projet. Que serait-il advenu ?
Plus tard, Raymond Queneau consacra comme pataphysiciens mes premiers poèmes publiés, qui le furent sous son égide par « Temps mêlés », revue belge qu’il soutenait : « La fête des Rhinocéros », figurant ici dans le cahier éponyme, en compagnie « d’Un temps péri ».
En 1982 parut « Sacre clandestin d’un Enfant Roi » à propos duquel Patrice Delbourg écrivit « dans les Nouvelles Littéraires »
« Sentinelle de l’inouï, vacataire de la solitude, Richardot… Le mot vibre de sensations ravivées jusqu’à l’extrémité des doigts, jusqu’aux extravagances de l’âme. Le ronron des songes et des mensonges tisse un voile prudent entre l’œil et les nerfs. Sans joliesse ni mode, une voix singulière qui frappe et accapare… »
Fin 2016 « 5 sens éditions » publiera également « Sacre clandestin d’un Enfant Roi 2 », variation sur le thème.

EXTRAITS

Par l’auteur:

Un visage blafard
Dans l’automne
Qui tombe
Des feuilles mortes
Ses yeux brillent
Verts
Une rivière coule

Dans quel pays ?

Derrière
Un arbre mort
Se dissimule
La tiède étreinte
De cette danseuse
D’hiver
Le printemps pointe
Entre ses lèvres

Oui mais que faire ?
Que faire ?
Sinon s’étendre
Et puis mourir

Dans quel pays ?
Dans quel pays ?

***

Le grand voilier
Est blanc tout blanc
Je vois il voit
Le mât les voiles
Le vent
Le pont du grand voilier désert

À nos pieds
Éparpillés des débris
Un œil ton œil
Et on marche sur tes dents
Je balaie il balaie le pont avec tes cils
Et tes sourcils
J’éponge il éponge
Le sang des dernières rixes
Avec poissés encore blonds
Tes beaux tes longs cheveux
Notre amour est-il donc mort ?
Notre amour est-il donc mort chérie ?
Jetons l’ancre aux Caraïbes
Chérie
Jetons l’ancre aux Caraïbes
Larguons l’attirail
Les faux-semblants de la beauté

Et laissons face à face
L’effarante
L’éclatante vérité de nos squelettes !

***


Que fais-tu là petit soldat ?
Que fais-tu là ?

Je berce ma peine mon capitaine.
Je berce ma peine.

Sais-tu qu’il faut mourir petit soldat ?
Sais-tu qu’il faut mourir ?

Pourquoi n’iriez-vous pas vous-même
Mon capitaine ?
Pourquoi n’iriez-vous pas vous-même ?
Moi j’ai à faire vous voyez bien.
Moi j’ai à faire mon capitaine.

Et qu’as-tu donc de si urgent à faire
Petit soldat ?
De si urgent à faire ?

J’ai à bercer ma peine mon capitaine.
Vous voyez bien mon capitaine.
Bercer ma peine

AMOURS SONT MORTES

Tes yeux jouaient à me masquer
L’aveu que j’y traquais
– T’en souvient-il ? –
Cherchant aurore entre tes cils.

Je sus forcer tes interdits
Alors tu fus si belle
– Invoquant le ciel –
Qu’un oiseau d’or en descendit.

Mais les aurores se sont lassées
J’eus beau fermer la porte
– Ne meurs encore ! –
Mais l’oiseau d’or nous a laissés.

Pourquoi faut-il que tout s’en aille ?
Seul est resté ton corps.
Amours sont mortes
Amours sont mortes
Et j’attends là les funérailles !


UN TEMPS PÉRI

Plantée
Sur sa croix
Avec aux poignets
Trois noix
Cloutées
Qui sonnent
Carcassonne
S’endort.

Étendus
Au soleil
Sommeillent
Les miradors.
Un enfant nu
Torture
Deux fourmis
Vêtues de bure.

Pleurant
Sous ses fards
Une Espagnole
Sans famille
S’obstine
En des carmagnoles
Bizarres.

Un hercule
Hébété
Promène
Un bouquet
De renoncules
Biseautées.

Ton corps
Dessine
De folles béguines.
Délirant
Sur les chemins de Chine
D’autres sont morts.

Des vagabonds
Ivres
Se traînent
À queue leu leu.
(Ils sont deux :
Le troisième
Se livre
À force bonds
Capricieux.)

À la ronde
La fillette sans dot
Offre son pécule
Mais l’éphèbe
À pied bot
Recule
Jusqu’aux mondes
Antipodes

Vois un poignard
À triple lame
Ramper
Vers la couche
Des amants
Bouche à bouche !
Écoute
La chorégraphie
Des bouis-bouis
La dolence
Des travestis
Garance !

Un œil
Agrandi
Effeuille
Des rêves
De fièvres
Mandolines !
Oh langueur brève
De Gwendoline
En deuil !

Viennent jamais
Les fées en transes
Ensemencer
De leurs danses
La sente
Des désormais
Qui chantent !


DUO

I s’a mis avec la jouvencelle
À deux c’est ben plus moelleux !

Ritourneaux de ritournelles
Étourneaux ribambelles
Sonnent les claquettes
Des tapettes coke
Déconne quarante-cinq tours
Voyou mélodieux
D’un mélo d’yeux
Tu la croques

Dès l’école
Tu la colles
Lui bricoles
Des bafouillis
Pour le pipi au lit
Des cachétivores
Manageant l’argent
Des batifoles acropoles
À ce jeu de l’oie
Cachet faisant foi
A force de loi !

Ene deux
Les plus flapis
Actionnent leurs clochettes
En peine de happy-end

Scandez la délinquance
Des vahinés pied-d’nez
Elle ses yeux
Au delirium soyeux
De mal mariée

Le croirais-tu ?-
Supplient

Quel homme
Rôde encore
Sous la pluie
Quand tout est mort
Hors

C’est-i ben d’la chance ? –
Les néo-Terpsichore
D’la dernière séance
Vidéo ?


L’AUTRE VISAGE I

Tandis qu’il dosait l’éclairage,
Elle s’est dévêtue,
A libéré sa chevelure.
Elle s’allonge sur le flanc.
Il la rejoint,
L’accole par derrière,
La caresse à mi-corps.
Lâchant une plainte blessée,
Elle bascule, l’attire…

Dans la nuit, il s’éveille.
Il est seul.
Un rai de lumière marque la salle de bains.
Il va à la porte, la pousse.

Elle se tient devant la glace.
La chevelure qu’elle brosse
Lui fait un masque d’or.
Il s’approche,
La prend aux seins,
Se rive…

Mais voici qu’elle se dérobe.
Rejetant sa crinière,
Elle gifle l’homme,
Lui fait face.
Il ne la reconnaît pas :
C’est le visage de l’Autre !
Tenant à deux mains un pistolet,
Elle le lui braque en plein visage…

Elle a pressé la détente
Vidé le chargeur…


STRANGERS IN THE NIGHT IV

Ils ont franchi le seuil,
Avec une outrance de manières,
Des rires un peu forcés.

Elle va se poster
Au bar vis-à-vis,
À la table même
Où ils avaient coutume
De prendre le petit-déjeuner.

Sans ôter
Son manteau fatigué,
Elle commande un café.
Puis, après, combien d’autres ?…

Ils ressortent.
L’homme désigne la terrasse
À la jeune rivale,
Blottie contre lui,
Qui acquiesce…

Elle a réglé ses consommations. Sort.
Ils l’aperçoivent :
Leur sourire se fige…

Sans souci des voitures
Qui la klaxonnent,
Serrant sur elle
Son vieux manteau,
Elle vient à leur rencontre.
Au fond de sa poche,
Sa main étreint l’arme.

Les leurs, de mains, se sont lâchées.
Ils la regardent venir à eux,

Avec ce sourire figé
Dont peut-être
Ils prétendent se protéger…

INCANTATION

Pourquoi tu m’tiens dans ton bastien
Moi qui prends l’vent partout devant ?
Qui tourne en rond et c’est si bon !
Pauv’ trouble-fête qui part d’la tête !
Comment tu t’nommes, que je l’chiffonne ?

Dis-moi ton nom, que j’fasse guenon
En l’ronronnant incontinent !

J’t’ai resquillé bien étrillé
Dans l’tintamarre d’Montélimar !
Tu portais beau, je partais tôt.
Nous vaguàlâmes ta mauvaise came !
Donne, que j’m’y abonne, ton téléphone !

Aboule ton phone, que j’y griffonne
Mes faire-valoir de va-t’en-voir !

T’as bien trogné nos agrumiers
Pour me laisser toute délacée !
Ça fait qu’ depuis je creuse mon puits,
Drôle d’oiseau rare d’un monde barbare !
Ton matricule faut qu’je le macule !

Ton numéro de sécuro,
Vite, que j’y tamponne Satyricon !

J’t’avais prévenu : quand j’suis toute nue
J’ai des molosses qui mordent à l’os !
T’auras des gifles si tu m’renifles
Tes arrière-goûts de vieux ragoûts !
Tends ta cuiller : d’accord, j’te sers !

Tends ta cuiller, mon monte-en-l’air,
Que j’l’oblitère du sceau d’Cythère !

Dis-moi ton nom, que j’fasse guenon
En l’ronronnant incontinent !
Aboule ton phone, que j’y griffonne
Mes faire-valoir de va-t’en-voir !
Ton numéro de sécuro,
Vite, que j’y tamponne Satyricon !
Tends ta cuiller, mon monte-en-l’air,
Que j’l’oblitère du sceau d’Cythère !

CHAGRIN DE NON-AMOUR

Nous fûmes amants
Sans emballement :
Un p’tit coup d’cœur
Genre migrateur !
T’as un autre homme
Ou tu fais comme.
On s’devait rien
Et pis tu vois
L’week-end sans toi
J’m’y fais fort bien.

Chagrin d’amour
J’goûtais assez
Tes petits fours
L’verre renversé
Le coup d’l’amour
Controversé.
J’t’aurais p’t-êt’ même
Aimée toi-même !

T’as eu envie
D’changer : d’accord.
Pour rien t’cacher
J’allais flancher.
Pourtant t’es belle,
Avec ce corps
Et même cette âme.
Quand je m’rappelle,
La petite flamme
S’rallume encore !

Chagrin d’amour…

Cernes sous les yeux
T’as plus vingt ans.
Tu cours après
Qui te rendrait
L’teint du printemps.
J’suis un peu vieux
C’est pourquoi j’t’aime
L’temps d’un poème
À tout qui passe
Ou d’une grimace !

Chagrin d’amour…

Chagrin d’amour,
Belle madame,
Quand je m’rappelle,
La petite flamme
S’rallume encore,
L’temps d’un poème
Ou d’une grimace
À tout qui passe.
D’un chrysanthème

Paix éternelle –
Devant l’autel
D’un non-amour
D’un non-amour
Peut-être pas mort !

JE T’AIME PERSONNE

Je t’aime Personne
Je t’aime soleil
Je t’aime l’éveil
Un creux d’oreille
Une nuque de miel
Je t’aime Personne

Je t’aime Personne
Je t’aime oiseau
Je t’aime ruisseau
Un jour nouveau
Frisson de l’eau
Je t’aime Personne

Je t’aime Personne
Je t’aime ma brune
Je t’aime chacune
Un goût d’écume
Au clair de lune
Je t’aime Personne

Je t’aime Personne
Je t’aime raisin
Je t’aime essaim
Le fruit des seins
La grappe des reins
Je t’aime Personne

Je t’aime Personne
Je t’aime Adieu !
Je t’aime C’est mieux !
Pourquoi bon Dieu
Tout est si vieux ?
Je t’aime Personne

Je t’aime Personne
Je t’aime toutes
Je t’aime Écoute
Le long d’ma route
Quoi qu’il en coûte
Je t’aime Personne

Je t’aime Personne
Je t’aime maldonne
Je t’aime démone
Bonjour Personne
Je t’aime Pardonne
Je t’aime Personne

SOLEIL COPAIN

Soleil copain
Touche-moi la main !
C’est du printemps
D’puis pas longtemps.

Après l’hiver
Qui fut dur dur
Les lézards verts
Remontent au mur.
Et les grenouilles
À la rescousse
Cherchent où ça mouille
Va comme j’te pousse !

Soleil copain
Touche-moi la main !
C’est du printemps
D’puis pas longtemps.

Fais pas ta fière
T’es pas de pierre !
Celles qui pardi
Font tant d’manières
Moi j’te leur dis :
Sans un radis
Tu t’paieras guère
De paradis !

Soleil copain
Touche-moi la main !
C’est du printemps
D’puis pas longtemps.

Viens ma p’tite vieille !
Moi j’t’offre du miel
Du vin d’groseille
Et des merveilles
Même celles d’enfer
Si que tu préfères
C’qu’est interdit
Dans c’paradis.

Soleil copain
Touche-moi la main !
C’est du printemps
D’puis pas longtemps.

Vierges ou tapins
Moi l’dur de dur
Le dos au mur
J’te leur susurre :
Mon beau lapin
Pour l’septième ciel
Grimpe au sapin
Façon Noël !

Soleil copain
Passe donc la main
Vierge ou tapin :
Pareil au même !

Vois celle qui m’aime
Et qui attend
En tuant l’temps.
Que j’te l’emmène
Au paradis.
Pour ça, forçat
Combien tu prends ?
Rien que deux radis
Pardi !
Pour ça
Rien que deux radis !