SACRE CLANDESTIN D’UN ENFANT-ROI 2

Poésie. Papier et numérique. 5 sens éditions, 2016


« SACRE CLANDESTIN D’UN ENFANT-ROI 2 », poème en 5 Arcanes, procède de la  réécriture exhaustive, voire structurelle, de Sacre Clandestin d’un Enfant-Roi, paru en 1982, exercice déjà pratiqué par l’auteur avec « Le peintre et son modèle 2 »  et, selon lui-même, résultant non d’un désaveu des écrits précédents mais de la persistance d’un appel profond des thèmes.

A propos du premier ouvrage, Patrice Delbourg avait écrit dans les Nouvelles Littéraires 
« Sentinelle de l’inouï, vacataire de la solitude, Richardot… Le mot vibre de sensations ravivées jusqu’à l’extrémité des doigts, jusqu’aux extravagances de l’âme. Le ronron des songes et des mensonges tisse un voile prudent entre l’œil et les nerfs. Sans joliesse ni mode, une voix singulière qui frappe et accapare… »

PRÉFACE

Georges Richardot
Un impossible et néanmoins désiré Testament.

Il est des titres qui demandent une exégèse, au sens noble du terme.
Le dernier de Georges Richardot ne manque pas de mystère et s’impose comme un objet littéraire insolite et cahoteux. Son chatoiement pourtant souligne qu’il mérite attention, appréhension.
(appréhension, le mot doit ici être saisi par le double sens que précise le dictionnaire Larousse, même sur internet :
– acte d’appréhender quelque chose, le saisir par l’intelligence.
– crainte vague d’un danger futur).
Nous voici donc au cœur de ce Sacre Clandestin d’un Enfant-Roi. On pressent la tentation du religieux, on perçoit l’attrait du profane, d’un profane si possible – et s’il vous plaît – quelque peu iconoclaste. De préférence. Sacré Cœur du texte. Sacré Chœur par son rythme.
Perpendiculairement, on assiste à une impérieuse autant que difficile, presque impossible Naissance de l’Être.
Comme une inaccessible transcendance.

Chair échappée
advenant
si présente

Le corps se trouve d’emblée à la peine, comme une figure cosmique crucifiée entre terre et ciel, entre flux des mers et reflux des océans.
Voici une Genèse qui se fait organique, orgasmique :

qu’il faut
jusqu’au revers
des entrailles

Car l’homme n’est rien d’autre qu’un accident des Dieux.
Sauf qu’au début se trouve le Verbe, et il sait s’imposer comme se laisser malmener dans la genèse du poème. Le texte de G. Richardot, saisi par les spasmes de l’engendrement, cède avec bonheur aux charmes du rythme. Comme pour hâter la libération et soulager les douleurs de la parturiente universelle, se met en place la scansion du Tam-Tam. La poésie permet cela, par l’occupation de l’espace-page ; de ces mots et blancs se succédant naît un lancinant accompagnement tribal, primitif.
Du martèlement des phonèmes surgira bien la matière :

vagues
vaguement
vaguelettement
uniformes.

Ces déferlantes délirantes et liturgiques déchirent la syntaxe jusqu’à en faire jaillir des images merveilleuses où tout se mêle.

la lumière aiguisant
la naissance de l’haleine

Ainsi vient au monde un moi perdu et tâtonnant. Un Enfant-Roi ?
L’accueil du berceau n’est pas confortable, ni rassurant ni soyeux.

Maisons autoroutes
arbres dépaysés
et les cascades perdues
déserts usés
montagnes asymétriques
(…)
cet étrange zoo des villes.

Bienvenue à toi, ô l’enfant qui peine à naître, en ce monde qui t’attend, aux aguets, tapi en ses nœuds de fer aiguisé.
Dans un monde qui toujours avance sous le risque du grotesque, nourrissant des rapports décalés dans un carnaval inattendu : du sanglier/pour lequel/tout est OK/excepté/ les plumes d’oie/guère pratiques/ pour forniquer.
Peut-être peut-on s’en sortir, s’en tirer temporairement, en cultivant une érotisation du monde qui se mêlerait à une opération rituelle, on pourrait ainsi atteindrela ligne murmurée/des cuissescomme une pause d’idéal. Et, de fait, il advient que le chemin accède à une splendide plénitude, celle des mélanges, des fatrasies. On avance alors dans la saveur des confusions, autorisées par la porosité des mots, sous la bienveillance des soleils clandestins. Le texte devient alors « une cérémonie sans âge ».
Le mot « Testament » a connu une singulière dérivation, il nous faut sans doute revenir ici à son sens propre.
En ses premières définitions, il signifiait « Alliance ». Et l’on sait que notre monde n’est que déchirures.
Séparation entre la pérennité des choses et notre finitude, déchirures internes venues d’un moi ravageur. Tout concourt à l’ouverture de ces fermetures-éclair qui nous livrent un monde en morceaux et nous livre en morceaux au monde.
Ce n’est pas la moindre valeur de ce livre que de nous conduire vers un univers de langage où serait concevable une nouvelle alliance, non pour l’éternité, mais dans l’intensité des mots qui, parfois, rendent concevable

la naissance
pays de sable et d’océan.

Yves Ughes. Poète-essayiste

 

Extraits

Dits par Caroline Megglé

À dire soi-même :

Feu de joie
où se mirer
le temps
ne se reconnaissait plus
d’exacte durée
L’immobilité se muait 
en flammes partagées
Esseulé
un mot se targuait
de grâces blasées
L’un vers l’autre
ils se penchaient
sans petite soif
s’étanchaient
Déliraient des délices
naguère 
d’ordinaire négligées
Lui s’exaltait
de moissonner
la jonchée des seins
Elle d’attiser
la rieuse extrémité
d’un index
Tout leur était complice
de la nonchalance
du lobe de l’oreille
à la redondance
de sensuels
engoncements 
de paupière
Sans souci de rythme
répliquant
aux sacrificiels 
algorithmes
des prunelles
Elle se faisait abîme
lui relief
armant la hampe
qui bouche à ventre
les tiendrait arrimés
Et quand
ne restant plus 
à grappiller
la moindre joliesse
À goupiller
que l’éternel 
summum
femme homme
que les petits chefs
du M. L. F. 
caricaturent
en monoculture
de bouts de chandelle
À l’élégie 
il donna
sa conclusion naturelle
en traînant
la réfractaire assagie
au dispensaire
de sa gestuelle
mythologie…

………………………………………………………………………

Oui madame 
enfin
sans frein
l’automne est doux
tout autant que nous
quand chacun
est fatigué
à en oublier
d’être gai
et que s’abandonnent
les madones
aux petits pieds
Quand sonne
l’heure d’être tendre
et que tremble
au repos
quelque membre
Que s’approche
l’épreuve
de l’anicroche
de se toucher
Quand les lèvres
se font ruisseaux
à étancher la fièvre
des peaux
Qu’au plus indécis
des pays fourbus
atermoie
la fissuration
d’un séisme
compliqué
Lorsque celui
qui à tue-tête
but
n’ose plus
qu’assécher
des nostalgies
de bitures
à la John Wayne
Certes madame
l’automne
est un apprenti
las de science
repentie
et qu’agacent
vos romances
à soudoyer 
l’ennui
Dans le temps
innocent
d’aujourd’hui
en trop décents
dessins
il immobilise           
tes seins
fertilise
le suspense
empirique
de ta bouche
figée
comme musique
frémissant
qu’on y touche
Tes mains acquises
aux méticuleux
chapelets
des églises à deux
il les endort
d’une pâle ardeur
de petite mort
Ton sanctuaire
maudit
il l’enduit
d’une pleine
odeur de buis
où se plissent
– délice –
des lenteurs
émasculées
Jusqu’au mirage
écartelé
de là encore
l’absolue déchirure
de ton corps

………………………………………………………………………

Moi je te touche
tes seins d’albatros
ton bec sec
ou bouche
d’outre-visage
par trop
sauvage
qui n’ose
tes hanches
pour Saint-Antoine
qui flanche
tes seins où se pose
l’oiseau idoine
le vagin frangin
fourreau sculpteur
de pénis
acteur imprésariant
les supplices et fantasmes
des cuisses
Braconnière
de mes bizances
je récapitule
ta langue d’inceste
gérant les carences
inhibées
de mes testicules
ta gorge imbibée
du lait maigrelet
de mes prouesses
le cul
qui m’oppresse
de chasseresse
passivité
la paresseuse
cadence
de tes fesses
Toi déesse
d’artifices
et maléfices
putain mirifique
qui susurres
enfile-moi
puis tendresse
Toi l’homme
bientôt mûr
grognant
tes expédients
de mon si bel
amant
Toi la gueuse
à jouer ivre
sur mainte guitare
d’oiseau rare
des Sambre
et Meuse
Toi la caille
et toi la couille
Toi le sperme
Toi la fausse perme
Toi oublieuse
ensorceleuse
qu’en balançoire
les jours de gloire
je baise
je perce
j’apaise
j’affaisse
Toi que je bouchonne
je saucissonne
je chattertonne
Toi que je vide
je bide
je suicide
j’andrégide
Toi putride
agnelesse
Toi maquereau
de mes confesses
Toi mon rêve
Toi ma merde
Toi ma fière
ma filière
ma fraîche Brière
ma prière
Toi mon
incurable tort
mon bouche-trou 
cador 
mon collector
d’envies
retors
Toi mon puits
d’onguent
mon écrou à vit
Toi l’humus
de bruyère
Toi les étangs
épandus
sous un vent 
claquemurant
les paravents
dits galants
comme auparavant
nous ne connûmes guère
d’équivalents
Toi pie revêche
Toi prussien
chevêche
Toi terrien
chienne mienne
Toi qui me tries
m’éparpilles
et me rives
me vrilles
et dérives
Toi qui
m’attribues
les abus
riquiqui
dont au vu
des reflets
lie-de-vin
impénitent buveur
je redevins
imbu
Toi qui me hèles
me soumets
me démantèles
Qui me mets
où je suis noire
tes accessoires
Me branches
tes dimanches
Copules
mes ciboires
de tes pourboires
testicules
Toi la crédule
rouquine
exutoire
ou mouroir
que par intérim
module
ma pine
de grand soir
Toi la boire
sans soif
la poisse
la poire
jouasse
Toi qui
te plies
gémis
blêmis
puis jouis
Qui ânonnes
déconnes
gargouilles
et bafouilles
tes dégueulis
de paradis
Toi qui
me brioches
et m’effiloches
me barbouilles
me cafouilles
Toi qui flippes
et m’étripes
me ravaudes 
crapaudes
me bouscules
macules
m’émascules
me broutes
m’envoûtes
Toi l’étoupe
la soupe
Toi qui envapes
et entubes
aspires
délires
Toi la blonde
des demi-mondes
qui 
de tes fientes
ensemences
mes transhumances
complimentes
ma fente
ou la plains
L’enivres
à moins
que la prives
de tes trop-pleins
Toi qui exhumes
les canulars
auxquels nous crûmes
tant que Petit-Clamart
de mes cauchemars
tu entretins la flamme
réchauffant le cloaque
où nous sacrâmes
les connes
extravagances
de l’âme